Cinq jours sur l'Île de Ré début septembre avec mon copain, on a fait 60km de vélo en deux jours et on s'est jamais autant désiré, vous expliquez ce phénomène
124 upvotes · 4 answers · 1628 views
Je raconte parce que je veux comprendre. On est partis cinq jours sur l'Île de Ré début septembre, mon copain et moi, 34 ans tous les deux, ensemble depuis quatre ans, vie parisienne assez prenante avec des semaines de 60 heures. On loue chaque année cinq jours sur l'île en mi-saison.
Cette année on a poussé sur le vélo. Jour 1, La Flotte-Saint-Martin-Loix, on a fait peut-être 25 km en aller-retour. Jour 2, on a fait le tour de la pointe ouest, le phare des Baleines, Ars-en-Ré, retour par les marais salants, 35 km. On a mangé une tarte aux pruneaux à 16h dans un boui-boui à Loix, on a bu un picon-bière à Ars, on a roulé dans le vent à plat sur des kilomètres.
Et le truc bizarre c'est qu'à chaque soir, on s'est jeté dessus comme des ados. Pas du sexe doux à deux dans une jolie location, du sexe affamé, instinctif, presque animal. Lui me regardait pendant le dîner d'une façon qu'il avait plus depuis longtemps. Moi je le voulais avant même qu'on soit rentrés à la maison.
Et là on est rentrés à Paris depuis trois jours, et c'est déjà retombé. On bosse, on se croise le soir, on est gentils mais pas pareils. Comment vous expliquez ce phénomène. Vous l'avez vécu sur d'autres îles, ou en montagne, ou ailleurs. Vous avez réussi à transposer cette énergie à Paris ou bien c'est forcément lié au cadre.
Answers
-
★ Ce que vous décrivez est documenté, et même si je suis pas thérapeute je vais essayer de l'expliquer simplement parce que ma femme et moi on vit exactement la même chose deux fois par an et qu'on a fini par en comprendre les mécanismes. Plusieurs choses se passent ensemble pendant ces cinq jours à vélo sur l'île. La première c'est l'effort physique partagé, 60 km en deux jours dans le vent, ça libère des endorphines en masse et ça crée une connexion non verbale par le simple fait de tirer ensemble dans le même sens. La deuxième c'est la rupture totale du cerveau professionnel, le passage des 60 heures parisiennes à un mode où votre seule décision de la journée c'est tarte aux pruneaux ou pas, ça libère de l'espace mental énorme. La troisième et c'est probablement la plus importante, c'est ce qu'on appelle l'effet contexte, vous vous voyez l'un l'autre dans un cadre nouveau, vous redécouvrez son visage dans une lumière différente, son corps dans des vêtements différents, sa voix dans des silences différents. Le désir se nourrit de nouveauté, et la nouveauté du contexte recrée artificiellement la nouveauté du partenaire. Maintenant pour la question essentielle, peut-on transposer à Paris. Réponse honnête, partiellement. Vous pouvez transposer la rupture du cerveau professionnel en imposant des soirées sans téléphone deux fois par semaine. Vous pouvez transposer l'effort physique en faisant du sport ensemble, pas chacun de son côté. Vous ne pouvez pas transposer la lumière de l'île de Ré ni le picon-bière à Ars, et c'est pour ça que les couples lucides planifient deux ou trois ruptures de contexte par an, c'est pas un luxe c'est une nécessité.
16 ↑
-
La tarte aux pruneaux de Loix c'est laquelle, le café-pâtisserie sur la place ou celle à l'entrée du village.
11 ↑
-
Vous décrivez aussi quelque chose de très intéressant sur le regard du dîner. Quand vous bougez physiquement ensemble toute la journée sans parler, le soir à table le premier vrai contact c'est celui des yeux, et c'est ça qui ranime. À Paris vous vous parlez constamment par sms, par mail, par téléphone, et le soir vous avez plus rien à se dire en se regardant parce que tout a déjà été dit. Faites des journées off du téléphone le week-end à Paris, et vous récupérez 30 pour cent de l'effet île. Pas tout, mais déjà beaucoup.
8 ↑
-
Vélo plus sel plus fatigue plus alcool plus nouveauté. Recette connue. Marche à chaque fois.
1 ↑