Mon curé connaît l'existence de notre vie libertine et il continue à nous donner la communion le dimanche, ça vous semble dingue ou vous comprenez
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Bon je sais que ce que je vais raconter va faire bondir une partie d'entre vous, à droite comme à gauche du forum, mais j'ai besoin d'en parler à des gens qui sont pas du tout dans nos cercles habituels. On est un couple, 51 et 49 ans, deux enfants grands partis de la maison, on habite dans une ville moyenne de l'Ouest, et on est catholiques pratiquants. Vraiment pratiquants, messe le dimanche, engagement dans la paroisse, ma femme dans la chorale, moi dans le conseil économique. Et on est libertins échangistes depuis maintenant six ans.
Voilà comment on en est arrivés à parler de tout ça avec notre curé. Y a deux ans il y a eu une histoire de rumeurs dans la paroisse, quelqu'un nous avait vus avec un couple ami dans un club à Paris pendant un week-end, ça a fait le tour. On a pris rendez-vous avec le père Christophe pour lui expliquer nous-mêmes plutôt qu'il l'apprenne autrement. On s'attendait à un sermon, à une exigence d'arrêt, à un refus de la communion. Rien de tout ça. Il nous a écoutés deux heures, il a posé des questions précises sur notre couple, sur le respect mutuel, sur la place de nos enfants, sur l'absence de tromperie. Et il nous a dit en substance que la théologie morale catholique avait évolué, que le magistère officiel restait strict mais que sa pratique pastorale à lui, dans le secret du dialogue, le menait à considérer que notre situation n'était pas un péché grave appelant un éloignement des sacrements.
Depuis on continue de communier chaque dimanche, on continue notre vie libertine de manière mesurée, on parle régulièrement avec lui en confession sur d'autres aspects de notre vie. Il sait, on sait qu'il sait, et personne d'autre dans la paroisse ne sait. Ma question pour les chrétiens du forum, et il y en a forcément, vous trouvez ça hypocrite, courageux, ou normal. Et pour les non-chrétiens, ça vous semble incohérent ou ça vous parle.
Answers
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★ Je vais vous répondre en tant que théologien laïc avec une formation en théologie morale et en tant que catholique pratiquant moi-même libertin avec ma femme depuis quatre ans. Ce que votre curé a fait n'est ni dingue ni hypocrite, c'est exactement ce que la tradition catholique appelle le forum interne, c'est-à-dire l'espace pastoral où l'application de la norme morale se fait avec discernement et compassion par un prêtre formé, en tenant compte de la situation réelle d'une personne ou d'un couple. Cette distinction entre forum externe, qui est la doctrine publique, et forum interne, qui est l'accompagnement individuel, existe depuis le concile de Trente et a été particulièrement réaffirmée par François dans Amoris Laetitia en 2016. Votre curé n'est ni en rébellion ni en hypocrisie, il applique une distinction théologique reconnue. Sur le fond, plusieurs choses. D'abord, ce que la doctrine condamne n'est pas exactement ce que vous vivez. La doctrine condamne l'adultère, c'est-à-dire la tromperie d'un conjoint par un autre. Le libertinage de couple consenti, où l'engagement mutuel reste premier et où aucune dissimulation n'existe entre vous deux, ne tombe pas exactement sous cette catégorie. Plusieurs moralistes contemporains, et je pense en particulier à James Alison sur la sexualité ou à Lisa Sowle Cahill, ont travaillé ces questions. Deuxièmement, sur la question de la communion. Saint Paul dit de ne pas communier indignement, ce qui veut dire en état de péché mortel non confessé et sans intention de conversion. Si votre curé considère que votre situation n'appelle pas cette qualification, votre communion n'est pas sacrilège. Troisièmement, sur la dimension de votre vie. Ce que vous décrivez, six ans de pratique, un couple solide, des enfants élevés, un engagement paroissial réel, une honnêteté radicale avec votre prêtre, c'est une vie chrétienne sérieuse. Je préférerai mille fois votre situation à celle d'un couple monogame qui se déteste et qui se trompe en secret. Quatrièmement, et c'est important, gardez la discrétion. Pas par hypocrisie, par charité pour ceux dans votre paroisse qui ne sauraient pas faire ce discernement. Le scandale au sens canonique c'est ce qui ferait chuter un autre dans sa foi. Vous protégez les plus fragiles en gardant cette vie réservée à votre prêtre et à vous-mêmes. Vous êtes dans une situation rare mais cohérente.
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Question sincère pas piégée. Comment vous faites avec la confession. Vous confessez quoi, et vous confessez pas quoi. Parce que là il y a quand même un nœud théologique pas évident.
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Non-chrétien ici, athée plutôt cool envers les religions. Honnêtement votre histoire me touche. Vous avez fait l'effort d'aller voir votre prêtre en face plutôt que de continuer en cachette, vous avez accepté qu'il vous juge, il vous a accompagnés. C'est une démarche d'adulte. Ça vaut mille fois mieux que les chrétiens qui font semblant ou qui partent en claquant la porte. Continuez.
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Forum interne. C'est exactement ça. Mon père qui était diacre m'avait expliqué cette distinction il y a longtemps. Ce que fait votre curé c'est dans la tradition pastorale réelle, même si ça surprend les catholiques qui n'ont vu que la version simplifiée.
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Désolé mais c'est de l'hypocrisie totale. Vous voulez le beurre et l'argent du beurre. Soit vous êtes catholique et vous vivez selon la doctrine, soit vous quittez l'Église. Cette histoire de curé arrangeant c'est exactement ce qui éloigne les gens de la foi sérieuse.
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