Pendant le festival d'Avignon en juillet la scène libertine vauclusienne devient méconnaissable
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Trois semaines de juillet et tout change. On habite Carpentras depuis quinze ans, on a 44 et 46 ans, on pratique le libertinage avignonnais et vauclusien depuis sept ans, et chaque été pendant le festival on assiste à une métamorphose qu'on peine à expliquer aux couples qui passent.
D'abord la démographie. La population avignonnaise double pendant le festival. Des milliers d'artistes techniciens journalistes critiques affluent, dont une proportion non négligeable de libertins ou de curieux en mode vacances détachées de leur quotidien. Les clubs avignonnais qui en temps normal tournent à 30 couples le samedi soir se retrouvent avec 80 ou 100 couples mélangés à des troupes de théâtre en goguette. C'est dingue à vivre, et c'est aussi déstabilisant parce que le décor habituel de la scène locale disparaît sous une vague de visiteurs.
Ensuite l'offre. Des soirées privées se montent dans des mas loués par des compagnies de théâtre — officiellement after-parties, officieusement des soirées mixtes où les frontières entre tout deviennent floues, et où certains habitants du coin se retrouvent à pratiquer dans des contextes qu'ils n'avaient jamais imaginés. Mon mari et moi on a participé à trois ou quatre de ces soirées sur les sept étés où on a habité ici. Chaque fois c'est différent. Une fois on a fini dans un mas du côté de Châteauneuf-du-Pape avec une vingtaine de personnes dont la moitié ne se reverrait jamais. C'est intense et frustrant à la fois.
Trois questions pour les vauclusiens et provençaux. Le mois d'août après le festival la scène locale est-elle déprimée d'un contraste violent, comme on le ressent nous mais peut-être qu'on est seuls. Carpentras et Cavaillon ont-elles maintenu une scène locale stable indépendante d'Avignon ou tout est-il aspiré par la capitale festivalière. Et enfin, qu'est-ce qu'on devrait dire à un couple qui viendrait pour la première fois pendant le festival, c'est représentatif ou c'est un piège qui leur donnera une image fausse du Vaucluse libertin. Petit détail bonus, la dernière soirée à Châteauneuf il y avait un chat noir qui passait entre les pieds toute la nuit, c'est resté gravé.
Answers
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★ Le mois d'août en Vaucluse libertin c'est le pire mois de l'année, et le contraste avec juillet est exactement aussi violent que vous le décrivez. Tout le monde est crevé du festival, beaucoup de couples partent en vacances ailleurs justement pour fuir Avignon en plein cagnard, et les soirées privées se raréfient jusqu'en septembre. La scène ne reprend vraiment qu'avec les premières pluies de début octobre. Pour répondre à Carpentras et Cavaillon, ces deux villes ont leurs micro-scènes propres mais elles sont fortement perméables à Avignon, et pendant le festival elles se vident parce que tous leurs couples actifs convergent vers la grande ville. Donc oui tout est aspiré, c'est un mouvement saisonnier inévitable que personne ne combat plus depuis longtemps. Pour le couple débutant qui viendrait pendant le festival, prévenez-les que ce n'est pas la réalité vauclusienne et qu'ils doivent revenir en novembre ou en mars pour avoir une image juste du milieu local, c'est essentiel pour pas leur vendre une chimère.
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Le festival d'Avignon c'est une parenthèse, c'est tout. La vraie scène vauclusienne c'est de novembre à mai, avec des couples ancrés dans la durée, des amitiés construites sur des années, des soirées privées dans des bastides qui se transmettent entre habitués. Le festival est un mirage estival sympa mais sans suite. Ne basez surtout pas votre lecture du milieu local sur ces trois semaines de juillet, vous vous trompez de 90 pour cent.
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Tout aspiré par Avignon, c'est tristement vrai. À Carpentras on essaye depuis trois ans avec quelques couples de maintenir une activité indépendante toute l'année, soirées privées en mode petit comité tous les deux mois dans une maison louée à Mazan ou Mormoiron. C'est un combat contre l'aimant avignonnais et certains de nos couples cèdent et basculent vers les clubs avignonnais par facilité. La micro-scène locale survit mais elle est constamment menacée par la centralisation, comme partout en province d'ailleurs où une grande ville à 20 km de chez vous attire tout. Faut accepter ce paradoxe ou déménager.
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Les soirées dans les mas pendant le festival je connais bien aussi, j'ai été costumière dans une compagnie qui jouait au Off pendant six ans et j'ai vu de l'intérieur comment ces after-parties dérapaient gentiment vers du mixte. Le contexte du festival crée une bulle parenthèse où les artistes oublient leur conjoint resté à Lyon ou à Brest, et où certains spectateurs locaux en profitent pour vivre des choses qu'ils ne s'autoriseraient pas le reste de l'année. C'est éthiquement ambigu parfois parce que tout le monde n'est pas honnête avec son partenaire de base. Mais c'est aussi une période magique où la frontière entre art et vie devient poreuse, et ça crée des rencontres rares.
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Le chat noir à Châteauneuf-du-Pape. Image parfaite pour finir un souvenir.
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Question périphérique. Vous évoquez les compagnies de théâtre qui louent des mas, est-ce que c'est facile de se greffer à ces soirées en tant que locaux sans connexion artistique préalable. Parce que j'habite Pernes-les-Fontaines et je vois passer plein d'affiches Off chaque été mais je sais pas du tout comment on rentre dans ces cercles d'after sans étiquette professionnelle artistique. Le ticket d'entrée c'est quoi, une connaissance, un déguisement, une attitude.
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