Photo d'une soirée de 2005 retrouvée dans un carton de déménagement et là j'ai compris
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À l'intérieur, des photos d'une soirée privée chez des amis à l'époque, mon mari et moi on avait 35 et 38 ans, on commençait juste dans la scène. La lumière jaune des halogènes, les chemises ouvertes, les verres à pied. J'ai 56 ans maintenant et j'ai pleuré en regardant ces photos pendant une heure dans le garage.
Pas pleuré de nostalgie. Pleuré parce que j'ai vu une femme que je ne reconnais plus du tout et qui pourtant c'était moi. Cette femme-là avait peur de tout, elle souriait en coin sur les photos pour cacher qu'elle savait pas où mettre ses mains, elle portait des fringues qu'elle aurait jamais choisies dans la vraie vie mais qui étaient le code de l'époque.
Vingt ans après, on est toujours dans la scène, beaucoup moins souvent qu'avant, beaucoup plus tranquillement. Mon corps a changé évidemment, j'ai 56 ans, j'ai pris quinze kilos depuis ces photos, et je m'en fous totalement. Ce qui me frappe c'est que la femme de 2005 paraissait plus jeune mais beaucoup moins libre que la femme d'aujourd'hui. C'était plus tendu, plus performatif, on jouait un rôle.
Pour ceux qui ont vingt ans ou plus de scène derrière eux, est-ce que vous reconnaissez ça. Que la vraie liberté ne soit pas arrivée la première année, ni la cinquième, mais quelque part après quinze ou vingt. Et que les photos d'avant montrent un masque qu'on portait sans le savoir.
Réponses
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★ Anthropologue de formation, j'ai écrit un mémoire sur les pratiques échangistes en France entre 1990 et 2010 et ce que vous décrivez est documenté de façon très précise dans la littérature. La période 2000-2008 a été un moment particulier où la scène était à la fois ouverte et codifiée à l'extrême, les couples reproduisaient des codes esthétiques et comportementaux très marqués, fortement influencés par la presse spécialisée et les premiers forums internet. Cette codification créait une vraie pression performative que les gens de l'époque vivaient sans la nommer. La libération que vous décrivez après quinze ans n'est pas seulement personnelle, elle est aussi liée à l'évolution générale de la scène en France qui s'est beaucoup décomplexée et déformalisée à partir de 2015. Donc oui ce que vous voyez sur les photos est bien un masque, et oui ce masque était collectif autant qu'individuel. Garder les photos, elles ont une valeur de témoignage privé d'une époque qui a vraiment changé.
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la lumière jaune des halogènes. moi aussi je m'en souviens. tout le monde avait cette lumière à l'époque.
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quinze kilos. moi vingt. m'en fous total aussi.
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je vais te dire un truc qui va peut-être te paraître bizarre. cette femme de 2005 sur les photos, elle est aussi vraie que toi aujourd'hui. c'est pas un masque qu'elle portait, c'était elle à ce moment-là, avec les outils qu'elle avait. on a tendance à dévaloriser nos versions anciennes pour valoriser la version actuelle mais c'est un piège. la femme d'aujourd'hui existe parce que la femme de 2005 a osé y aller habillée comme ça. respecte-la.
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on a commencé en 2003. ce que tu dis sur les codes c'est tellement vrai. les bas résille, les talons hauts en intérieur, les chemises bowling pour les mecs. on rigole maintenant avec mon mari quand on regarde nos photos de l'époque. à 58 et 62 ans on est tellement plus à l'aise en jean et tshirt, et la sexualité est tellement meilleure. la liberté c'est vraiment venu après 50 ans, je peux le confirmer.
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