Photo d'une soirée de 2005 retrouvée dans un carton de déménagement et là j'ai compris
À l'intérieur, des photos d'une soirée privée chez des amis à l'époque, mon mari et moi on avait 35 et 38 ans, on commençait juste dans la scène. La lumière jaune des halogènes, les chemises ouvertes, les verres à pied. J'ai 56 ans maintenant et j'ai pleuré en regardant ces photos pendant une heure dans le garage. Pas pleuré de nostalgie. Pleuré parce que j'ai vu une femme que je ne reconnais plus du tout et qui pourtant c'était moi. Cette femme-là avait peur de tout, elle souriait en coin sur les photos pour cacher qu'elle savait pas où mettre ses mains, elle portait des fringues qu'elle aurait jamais choisies dans la vraie vie mais qui étaient le code de l'époque. Vingt ans après, on est toujours dans la scène, beaucoup moins souvent qu'avant, beaucoup plus tranquillement. Mon corps a changé évidemment, j'ai 56 ans, j'ai pris quinze kilos depuis ces photos, et je m'en fous totalement. Ce qui me frappe c'est que la femme de 2005 paraissait plus jeune mais beaucoup moins libre que la femme d'aujourd'hui. C'était plus tendu, plus performatif, on jouait un rôle. Pour ceux qui ont vingt ans ou plus de scène derrière eux, est-ce que vous reconnaissez ça. Que la vraie liberté ne soit pas arrivée la première année, ni la cinquième, mais quelque part après quinze ou vingt. Et que les photos d'avant montrent un masque qu'on portait sans le savoir.