Trois ans après la mort de ma femme je commence à envisager la scène pour la première fois
Trois ans et deux mois aujourd'hui. Je compte plus en jours depuis l'été dernier mais je connais encore le mois et l'année. Ma femme est morte en mars 2023 d'un cancer qu'elle a combattu pendant dix-huit mois, on était mariés depuis 28 ans et on était dans la scène libertine ensemble depuis 2010. J'ai 58 ans aujourd'hui. Pendant les deux premières années après sa mort je n'ai rigoureusement rien voulu envisager. Aucune rencontre, aucune scène, aucune sexualité en réalité, à peine un peu d'auto-érotisme par habitude physique sans plaisir et avec un sentiment d'absurde. Mon médecin et la psychologue que je voyais m'ont tous les deux dit que c'était normal et qu'il fallait pas brusquer. J'ai suivi ce conseil sans difficulté parce que je n'avais aucune envie. L'année dernière, donc à environ 26 mois, quelque chose a commencé à bouger. Des rêves d'abord. Puis un retour très progressif du désir, pas dirigé vers personne, juste comme un signe physiologique. J'ai laissé faire sans pousser. Et depuis cet hiver je commence pour la première fois à envisager concrètement de retourner dans un cadre libertin. Pas pour reproduire ce qu'on faisait avec elle, ça je sais que c'est impossible. Plutôt pour reprendre ma place dans un monde où j'ai vécu treize ans et qui m'a apporté énormément. J'ai des contacts encore vivants dans le cercle qu'on fréquentait, certains m'ont écrit régulièrement depuis le décès, deux couples particulièrement m'ont jamais lâché. L'un d'eux m'a invité à une petite soirée privée chez eux le mois prochain, en me disant clairement que je n'étais pas obligé de venir et qu'ils comprendraient si c'était trop tôt. Je sais que je veux y aller. Je sais aussi que j'ai peur. J'ai peur de pleurer devant tout le monde. J'ai peur de ne rien ressentir et de m'en vouloir. J'ai peur de ressentir et de m'en vouloir aussi. J'ai peur de tout en fait. Les veufs et veuves qui sont passés par cette reprise de la scène