Week-end vendanges en Bourgogne avec un couple ami, on a fini par confondre épuisement physique et désir
87 upvotes · 7 answers · 1920 views
Premier week-end d'octobre, on est partis trois jours en Bourgogne avec un couple ami qui possède un petit domaine viticole familial du côté de Nuits-Saint-Georges, pour les aider sur les vendanges. C'était la troisième année qu'on y allait, on connaissait bien le rythme. Lever 6h30, vendanges jusqu'à 13h, longue pause déjeuner, reprise jusqu'à 18h, et soirées libres.
J'ai 39 ans, mon mari 43, le couple ami a 41 et 46. On est libertins ensemble depuis 2021, on s'est rencontrés au club et on est devenus proches d'abord en tant qu'amis, le libertinage est venu après et reste irrégulier entre nous. Le truc avec les vendanges c'est que la fatigue physique change complètement la nature du désir. Le soir tu es épuisé, courbatu, tu as les ongles tachés de jus, tu pues le raisin écrasé, et pourtant tu te sens étrangement vivant. Quelque chose dans le fait d'avoir bossé physiquement toute la journée à côté d'autres adultes te ramène à un état presque animal.
Le deuxième soir, on était quatre dans le salon devant la cheminée, on buvait un vin du domaine de l'année précédente, on parlait peu, et la chose s'est faite naturellement, sans qu'on ait besoin de la mettre en mots. Comme jamais auparavant entre nous quatre. La fatigue avait enlevé toute la mécanique habituelle des préliminaires, on était juste quatre corps épuisés qui avaient envie de se reposer ensemble, et le repos est devenu autre chose.
Le troisième jour pendant les vendanges, j'ai eu une question qui m'a travaillée toute la matinée. Est-ce que ce qu'on avait vécu la veille était du vrai désir, ou est-ce que c'était juste de la confusion sensorielle créée par l'épuisement, le froid du matin, la chaleur de la cheminée, le vin, la proximité physique répétée toute la journée.
La question pour ceux qui ont vécu des week-ends libertins articulés autour d'un effort physique partagé, vendanges, déménagement, randonnée, ski de fond, est-ce que vous distinguez encore le désir vrai du désir-fatigue. Et est-ce que cette confusion est un problème ou est-ce qu'elle ouvre quelque chose de précieux.
Answers
-
★ Sexologue clinicienne formée à l'approche corporelle, votre question est très belle et touche à quelque chose que la recherche commence seulement à documenter sérieusement. Ce que vous appelez désir-fatigue n'est pas une confusion sensorielle, c'est une forme de désir tout à fait valide qui a juste un point de départ différent du désir habituel. Le désir conventionnel, tel qu'il est représenté dans la culture commune, part d'un état d'énergie pleine et cherche à se décharger. Le désir qui émerge après un effort physique intense partagé part au contraire d'un état d'épuisement et cherche un contact qui apaise, ce qui produit une qualité de présence très différente. Les couples qui ont accès à ces deux registres de désir ont en général une vie érotique beaucoup plus riche que les couples qui ne connaissent que le premier. Les semaines de vendanges, les week-ends de randonnée, les chantiers participatifs, sont des contextes connus pour produire ce second registre. Mon conseil après vingt ans de pratique clinique, ne disqualifiez surtout pas ce que vous avez vécu le deuxième soir, c'était du désir adulte de haute qualité, simplement d'un type différent de ce que la culture vous a appris à reconnaître.
59 ↑
-
la sueur, les ongles sales, le vin. ouais. tout l'opposé du club avec sa mise en scène. et c'est peut-être pour ça que c'est plus fort.
9 ↑
-
Nous on a fait un week-end ski de fond en Jura à deux couples l'an dernier, trente kilomètres par jour. Le soir dans le chalet on pouvait à peine se lever pour aller chercher l'eau, mais entre nous quatre il s'est passé des choses très denses sans qu'on ait besoin de mots. Je pense que ce que vous appelez désir-fatigue est en fait du désir débarrassé de l'ego, et c'est ce qui le rend rare et précieux. On peut pas le programmer, il vient quand le corps n'a plus la force de jouer un rôle social.
9 ↑
-
on a vécu pareil pendant un déménagement entre amis libertins. trois jours à porter des cartons à six adultes, le dimanche soir on était tous lessivés sur le canapé du nouveau salon, et c'est arrivé sans qu'on ait rien provoqué. j'avais jamais ressenti quelque chose d'aussi dépouillé.
7 ↑
-
attention aux courbatures du lendemain quand tu rajoutes autre chose le soir. on s'est cassés à un week-end rando, fallait pas.
7 ↑
-
ton couple ami a un domaine viticole. tu te rends compte de la chance que tu as. invite-nous l'an prochain.
7 ↑
-
le vin du domaine de l'année précédente. franchement le contexte raconte la moitié du truc dans ton récit. tu pouvais pas vivre cette soirée dans un appart parisien après un mardi de boulot. c'est le lieu et le temps qui ont rendu ça possible. d'où l'idée de pas chercher à reproduire ce genre de moments en ville, ils n'existent que dans des contextes précis.
6 ↑