Cabinet de la psy mercredi 18h45, retour métro ligne 11, elle me dit qu'elle veut tester une soirée libertine pendant sa thérapie EMDR — la thérapeute est contre
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Mercredi soir 18h45, on sort du cabinet de la psychologue rue des Pyrénées dans le 20e, il bruine, on prend la ligne 11 jusqu'à République, ma femme me prend la main dans le métro et me dit qu'elle veut tester une soirée libertine ce mois-ci. Elle est en thérapie EMDR depuis quatre mois pour traiter une agression sexuelle qu'elle a vécue à dix-neuf ans qu'elle m'avait racontée il y a longtemps mais qu'on n'avait jamais retravaillé. La thérapeute le sait, qu'on est libertins, qu'on a arrêté depuis le début du suivi. Et la thérapeute est contre une reprise pendant la phase active du protocole.
On est 38 et 36 ans, ensemble depuis dix ans, libertins depuis quatre ans à Paris, pas d'enfants. Sa séance EMDR de ce mercredi a été dense, elle a pleuré quarante minutes sur l'heure, elle est sortie épuisée et étrangement euphorique, elle dit qu'elle a senti quelque chose se déplacer.
Ce qu'elle me dit. Que justement maintenant qu'elle commence à intégrer ce qui s'est passé à dix-neuf ans, elle a besoin de retrouver son corps en libertinage dans un cadre choisi pour vérifier qu'elle peut le faire en pleine présence. Que reporter à la fin du protocole, c'est-à-dire encore six mois, c'est trop long. Que la thérapeute est prudente par déontologie mais que c'est elle qui sent son corps.
Ce que la thérapeute lui a dit. Que pendant un EMDR actif les souvenirs traumatiques sont en cours de retraitement neuronal, que les exposer à des situations sexuelles intenses même choisies peut perturber le travail et créer des reviviscences inattendues. Que la patience est la règle.
Moi je suis tiraillé. Je veux pas freiner sa reprise de pouvoir sur son corps. Et je veux pas qu'on déclenche quelque chose en soirée qu'on saurait pas gérer.
Quelqu'un a vécu un truc proche.
Answers
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★ Psychologue clinicienne formée EMDR niveau 2, cabinet à Nantes, je traite des patientes survivantes d'agressions sexuelles depuis douze ans, dont plusieurs en couple libertin. Je vais être très claire avec vous parce que c'est important. La thérapeute de votre femme a raison sur le principe et il faut l'écouter. Je vais expliquer pourquoi et donner un cadre. Premier point clinique. L'EMDR est un protocole structuré en huit phases. Pendant les phases actives de retraitement, typiquement entre la phase 3 et la phase 6, les souvenirs traumatiques sont déstabilisés en mémoire pour être reconsolidés différemment. C'est très efficace mais c'est aussi une période où le cerveau émotionnel est plus réactif que d'habitude, et où des stimuli sensoriels ou contextuels peuvent réactiver involontairement des fragments du trauma original. Une soirée libertine, même choisie, même avec des partenaires connus, comporte des éléments sensoriels imprévisibles, un parfum, une intonation, une posture, une lumière, qui peuvent déclencher une reviviscence sans crier gare. Le risque n'est pas zéro même dans le cadre le plus sécurisé du monde. Deuxième point. Ce que votre femme appelle reprendre le pouvoir sur son corps est une motivation saine et juste, mais elle peut être satisfaite par d'autres voies pendant les six mois restants. Reprise progressive de la sexualité à deux avec exercices de pleine conscience corporelle, séances de massage par un thérapeute corporel sensible aux traumas, retour aux clubs en spectateurs sans pratique, dîners avec couples libertins amis sans dimension sexuelle. Toutes ces étapes construisent la reprise de pouvoir et ne perturbent pas l'EMDR. Troisième point très important. La thérapeute a vu votre femme une heure par semaine pendant quatre mois et elle a une lecture clinique de ce qui se passe que ni vous ni votre femme ne peut avoir totalement. Quand un patient EMDR sent une déstabilisation et veut accélérer le retour à la vie normale, c'est souvent un signe que le travail touche au vif et que l'envie d'aller plus vite est en partie une forme d'évitement du processus. Pas toujours, mais souvent. Je propose un compromis pragmatique à proposer à la thérapeute. Soirée test à quatre avec un couple ami, chez vous, sans pratique sexuelle décidée à l'avance, juste dîner et présence, avec accord explicite que votre femme peut interrompre à tout moment et que vous tenez un debrief avec la thérapeute la semaine suivante. Si la thérapeute valide ce cadre intermédiaire, vous avez votre réponse. Si elle refuse aussi ce cadre, écoutez-la, elle voit quelque chose. La patience de six mois est un investissement qui protège quinze ans de couple à venir.
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Vous êtes pas tiraillé vous avez la réponse. La thérapeute dit non. Point.
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Vous l'aimez. Elle se déchire intérieurement. Attendez. Soyez là chaque mercredi soir avec un thé chaud quand elle rentre. C'est ça la reprise de pouvoir, pas une soirée à quatre.
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Femme survivante d'agression à 22 ans, EMDR à 35, j'ai 41 maintenant. J'avais demandé la même chose à mon psy en plein milieu du protocole. Il a refusé fermement. J'étais furieuse sur le moment. Six mois plus tard, EMDR terminé, j'ai repris le libertinage avec mon mari et c'était totalement différent, beaucoup plus profond, vraiment depuis un corps qui m'appartenait. Si j'avais forcé pendant le protocole je sais ce qui se serait passé, j'aurais reproduit des schémas anciens sans m'en rendre compte et j'aurais pourri le travail. Écoutez la thérapeute. Six mois c'est rien comparé à la suite.
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Avis un peu opposé. Ma femme et moi on a continué libertinage pendant son EMDR pour autre chose, deuil compliqué, pas trauma sexuel. La psy était neutre, ni pour ni contre. Ça s'est très bien passé. Le contexte compte énormément. Trauma sexuel + EMDR + libertinage, là c'est trois ingrédients qui se mélangent mal. Reportez. C'est pas pareil que de continuer une activité, c'est reprendre une activité chargée pendant phase critique.
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