Je suis médecin généraliste à Limoges et j'ai croisé un de mes patients au club de Brive samedi soir — secret professionnel, awkwardness, déontologie
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Médecin généraliste à Limoges depuis douze ans. Cabinet correct, patientèle stable, 1800 patients réguliers. Mariée avec mon mari depuis dix ans. Libertins depuis cinq ans, en couple échangiste plutôt classique. Samedi soir on est allés tester un club à Brive parce qu'on voulait sortir de Limoges où les deux clubs locaux on les connaissait trop. Cinquante kilomètres ça suffit normalement pour anonymat.
Sauf que.
À 23h40 au bar, en train de papoter avec un autre couple qu'on venait de rencontrer, je lève les yeux et je vois entrer un de mes patients. Un homme, 42 ans, je le suis depuis huit ans, dépression chronique, je le vois quatre à cinq fois par an, je sais des choses sur lui que sa famille ne sait pas. Pas un patient lointain, un patient suivi.
Il m'a vue avant que je puisse réagir. Notre regard s'est croisé, sa femme à lui (que j'ai jamais vue, pas connue de ma patientèle) lui parlait au même moment et n'a rien remarqué. Lui s'est figé.
Et donc.
Plusieurs problèmes empilés.
Premier. Le secret professionnel m'interdit de reconnaître publiquement qu'il est mon patient. Mais lui peut faire ce qu'il veut, il peut dire "tiens c'est ma docteure" à sa femme. Ou pas.
Deuxième. Lundi matin il a rendez-vous avec moi à 10h15, contrôle de son traitement antidépresseur.
Troisième. Mon mari à mes côtés a senti que quelque chose se passait. Je n'ai pas pu lui expliquer (secret pro même envers conjoint). Il a senti et il a respecté mais ça crée une zone bizarre entre nous.
Quatrième. Soirée fichue côté désir, on est rentrés à 1h30.
Vous avez vécu ça en tant que pro libéral exposé (médecin, prof, avocat). Comment vous gérez le lundi matin face à lui en consultation. Comment vous expliquez à votre conjoint sans violer le secret. Et est-ce qu'il faut envisager de changer de département pour les soirées.
Answers
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★ Médecin généraliste également, plus à l'ouest, libertine depuis longtemps, et ça m'est arrivé deux fois en quinze ans dont une fois exactement comme vous. Réponse détaillée. Un. Sur le lundi matin face au patient, vous ne dites RIEN sur la soirée. C'est lui qui choisit ou non d'aborder le sujet, jamais vous. Statistiquement il n'abordera pas, parce qu'il est aussi gêné que vous et qu'il préfère que la consultation continue normalement. Vous l'accueillez exactement comme d'habitude, mêmes mots, même rythme. Vous évoquez son traitement, son moral, ses effets secondaires. Si à un moment il dit "à propos de samedi", vous répondez calmement "je suis tenue au secret professionnel sur tout ce qui concerne votre santé et votre vie privée, ce que je vois en dehors de mon cabinet je l'oublie professionnellement, vous pouvez compter sur moi". Phrase à apprendre par cœur. Ça referme. Deux. Sur votre mari, vous ne lui dites pas l'identité ni le contexte précis du patient, c'est secret professionnel et le secret tient même envers conjoint. Mais vous pouvez et devez lui dire les contours sans le contenu : "j'ai croisé samedi soir au bar quelqu'un qui me met en position professionnelle compliquée, je peux pas te dire qui ni pourquoi, mais ça explique pourquoi j'étais figée, et ça me préoccupe jusqu'à mon lundi matin où je dois gérer la situation au cabinet". Ça lui suffit, il comprendra, votre mari sait qui vous êtes. Trois. Sur changer de département pour les soirées, oui à terme. Brive c'est trop proche pour Limoges, votre patientèle déborde sur la Corrèze. Visez plutôt Toulouse, Bordeaux, Clermont-Ferrand : 200 km minimum, ça baisse drastiquement la probabilité de croisement. Trois heures de voiture mais une fois par mois, vraiment pas cher payé. Quatre. Vous n'êtes pas la première et vous ne serez pas la dernière. Beaucoup de médecins, profs, avocats, magistrats sont libertins. Ce sont des humains aussi. La déontologie ne vous interdit pas d'avoir une vie privée libre, elle vous demande juste de ne pas mêler vos deux casquettes. Vous l'avez fait parfaitement samedi en gardant le silence, vous le ferez parfaitement lundi en gardant le silence. Cinq. Si jamais vous sentez que la consultation devient impossible à terme avec ce patient précis, vous avez le droit déontologique de l'orienter vers un confrère, en expliquant simplement "pour des raisons personnelles je préfère que votre suivi soit assuré par X que je recommande". Pas d'obligation mais possibilité. Bon lundi.
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Pour le mari qui sent et qui respecte sans savoir, c'est précieux ce que vous avez. Beaucoup auraient insisté ou suspecté autre chose. Le fait qu'il accepte le secret pro et qu'il vous laisse l'espace, c'est une vraie qualité de couple. Dites-le-lui simplement, sans détailler.
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Côté Ordre des Médecins, vous n'avez RIEN à craindre. Le Conseil de l'Ordre ne juge pas la vie privée d'un médecin tant qu'elle n'interfère pas avec l'exercice. Un médecin libertin, un médecin marié, un médecin célibataire, un médecin gay, ça leur est totalement indifférent. Le seul motif disciplinaire serait si vous aviez eu une relation sexuelle avec ce patient, ce qui n'est évidemment pas le cas. Donc dormez tranquille sur ce plan-là.
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Avocat en exercice et libertin de longue date. Je rajoute un point pratique : changez le code de votre profil sur les sites du milieu pour ne PAS afficher votre ville ni votre département. Limoges. Beaucoup de profils mettent "Limoges, 42 ans, médecin" en pensant que c'est anonyme dans un milieu fermé. Le département + l'âge + la profession permet à un patient de vous identifier en deux clics. Profil "Centre France, couple 40+, libéral", suffisant. Et photos visage flouté ou cadrage cou-vers-le-bas. Vous croiserez moins, et même croisée vous serez moins traçable.
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Compatissante. C'est un truc qui semble petit vu de l'extérieur et qui creuse longtemps. Donnez-vous une semaine pour digérer émotionnellement, c'est normal.
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