On habite chacun chez soi et la scène est devenue notre vraie maison commune
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Je voulais juste poser ça quelque part, parce que ça commence à me trotter sérieusement. Avec mon copain on est ensemble depuis bientôt quatre ans, on a respectivement 34 et 37 ans, et on a chacun gardé notre appartement, lui à Vincennes, moi dans le 11e. Au début c'était par confort et par habitude, on aimait tous les deux nos espaces, on tenait à nos chez-nous. Aujourd'hui je crois que c'est plus profond que ça.
On est entrés dans la scène libertine il y a deux ans, à un moment où il y avait un creux dans la relation, pas une crise mais une espèce de plateau ennuyeux. La scène nous a relancés, et je m'attendais pas du tout à ce que ça devienne aussi central. On a un cercle de trois couples qu'on voit toutes les six semaines à peu près, on va dans deux clubs qu'on connaît bien, et nos meilleures soirées se passent là. Quand je dis nos meilleures soirées je dis pas seulement le sexe, je dis aussi les dîners avant, les discussions à 4h du matin, les petits déj du dimanche dans la cuisine d'un de ces couples.
Ce qui m'interroge c'est que mes parents et ma soeur me demandent à chaque repas de famille quand on va emménager ensemble, et que je sais plus quoi répondre. Parce que dans ma tête on vit déjà ensemble, juste pas dans le même appartement. Notre vraie maison commune c'est la scène, c'est l'appartement de Marc et Léa dans le 19e, c'est la chambre 12 du club de Montreuil. C'est très con à dire comme ça mais c'est vrai.
Est-ce que d'autres couples ici ont vécu ça, cette inversion où la vie quotidienne reste à deux apparts et où la vie commune se construit ailleurs. Et est-ce que ça tient à long terme ou est-ce qu'à un moment il faut quand même choisir.
Answers
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★ Sociologue de la famille à Nanterre, je travaille depuis sept ans sur les configurations conjugales non standards et ce que vous décrivez a un nom dans ma discipline, on parle de "domesticité distribuée". C'est une configuration assez documentée chez les couples non monogames urbains entre 30 et 45 ans, où la maison commune n'est plus un lieu physique unique mais un réseau de lieux investis ensemble. Les recherches que je suis montrent que cette configuration tient très bien sur le long terme à trois conditions, d'abord une stabilité du réseau des autres couples impliqués sur cinq ans minimum, ensuite une absence de projet d'enfant qui ramènerait la question de la résidence principale, et enfin une capacité financière à maintenir deux logements en zone tendue ce qui est votre cas visiblement. Ce qui pose problème en général ce n'est pas la configuration en elle-même, c'est le décalage avec les attentes familiales que vous décrivez, et c'est précisément ce travail-là que vous avez à faire, pas changer votre vie mais apprendre à la nommer pour les autres.
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on est exactement dans le même cas mon mec et moi, à Lyon, 36 et 39 ans, lui Croix-Rousse moi Guillotière. ça fait six ans qu'on est ensemble et trois ans qu'on est dans la scène, et la question du déménagement on l'a posée sur la table une fois, sérieusement, l'été dernier. on a réalisé qu'on perdrait exactement ce qui fait que ça marche, c'est-à-dire le fait que chacun a un endroit où être seul avec soi-même quand il rentre d'une grosse soirée pour digérer. ce qui se vit en commun se vit en commun, mais pas la digestion. depuis on assume, on dit à nos familles qu'on a choisi cette configuration et basta.
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nous on a tenu sept ans à deux apparts, on a fini par emménager l'an dernier quand le bail de mon copain est tombé au mauvais moment et qu'on a saisi l'occasion. je vais pas mentir, la scène en a pris un coup les six premiers mois parce qu'on se voyait trop, et puis ça s'est rééquilibré. donc oui ça peut tenir longtemps à deux apparts, et oui ça peut aussi survivre à la cohab si vous décidez un jour. mais l'ordre des choses est bon là où vous êtes.
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