Samedi soir j'ai retrouvé une patiente du cabinet dans un club libertin, lundi matin elle a rendez-vous pour un détartrage chez moi
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Vendredi soir on est allés avec mon mari au club Les Chandelles à Paris pour la première fois en quatre mois, on était en pleine forme, on a passé une soirée extraordinaire. Et vers 1h du matin, dans le bar, je vois une femme qui me regarde fixement. Trente secondes pour la reconnaître, c'est Mme L. une patiente du cabinet depuis trois ans, je lui ai posé deux implants l'an dernier. Elle est venue m'embrasser sur la joue tranquillement et m'a juste dit on en parle pas. Voilà.
Le truc c'est qu'elle a rendez-vous chez moi lundi à 9h15 pour un détartrage de routine. Je l'ai dans mon agenda. Et là je suis dimanche soir, je sais pas comment je vais gérer demain. Je suis dentiste depuis treize ans, j'ai 41 ans, j'ai un cabinet en centre-ville d'une ville moyenne, je vois entre vingt et vingt-cinq patients par jour. Mon assistante connaît tout le monde, le bouche à oreille fait beaucoup. Mme L. est elle-même chirurgien-pédiatre dans la même ville, on évolue dans les mêmes cercles à peu près.
Elle a été parfaite vendredi, elle a anticipé la chose, elle a posé la règle avant moi. Mais moi je sais pas comment me comporter lundi. Est-ce que je fais comme si de rien n'était. Est-ce que je glisse une phrase au début du rendez-vous pour acter qu'on a vu mais qu'on en parle pas. Est-ce que je transfère le dossier à mon associé pour éviter le malaise. Honnêtement je penche pour la dernière option mais ça revient à fuir.
Vous êtes en libéral, en profession à clientèle stable, vous avez vécu ce genre de croisement. Vous me racontez.
Answers
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★ Kinésithérapeute en libéral depuis vingt ans, libertin avec ma femme depuis huit ans, j'ai exactement vécu ce que vous décrivez à trois reprises. Je vais essayer d'être utile. D'abord, ne transférez surtout pas le dossier à votre associé. Ce serait une faute professionnelle douce envers Mme L. parce que ça lui signifie qu'elle vous met mal à l'aise et qu'elle a perdu sa dentiste. Or elle a été parfaitement adulte vendredi en posant la règle elle-même. La pire chose à lui faire c'est de la punir d'avoir été là. Deuxièmement, ne dites rien lundi matin. Pas de phrase d'ouverture, pas de clin d'oeil, pas de référence. Elle a dit on en parle pas, vous respectez la consigne à la lettre. Vous l'accueillez exactement comme vous accueillez n'importe quelle patiente, sourire poli, comment allez-vous, on s'installe. Le silence sur le sujet c'est l'accord tacite qu'elle vous a proposé. Le rompre même par bienveillance c'est trahir l'accord. Troisièmement, attendez-vous à ce que vos mains tremblent un peu pendant les cinq premières minutes, c'est normal. Concentrez-vous sur le geste technique, le détartrage est mécanique, ça vous reconnecte vite au métier. À la fin du rendez-vous, vous lui dites au revoir comme à n'importe quelle patiente, on se revoit dans six mois, vous prenez rendez-vous avec mon assistante. Stop. Pas plus. Vous verrez, après deux ou trois rendez-vous où vous tenez cette ligne, la chose disparaît complètement, votre cerveau range Mme L. dans deux catégories étanches. Et elle fera pareil de son côté. C'est précisément ce que les libertins matures font tous les jours en France, c'est notre vraie compétence sociale.
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Le détail qui me fascine dans votre histoire c'est qu'elle est chirurgien-pédiatre. Donc une femme qui opère des enfants la semaine et qui fréquente Les Chandelles le vendredi. Et qui croise sa dentiste là-bas. On vit dans un pays où une partie significative des professions libérales fréquente ces lieux et fait semblant de l'ignorer le reste du temps. Ce qui m'interroge c'est pas votre situation à vous deux, c'est l'omerta collective qui rend toute cette gymnastique nécessaire. Pourquoi en 2026 deux femmes médicales doivent encore négocier en trente secondes dans un bar la manière dont elles vont pouvoir continuer à se voir professionnellement. C'est ça la question vraiment.
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Transférez. C'est plus simple. Vous vous prenez la tête pour rien.
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