J'ai été le mari qui hurlait pendant huit ans, on est en thérapie depuis dix mois, elle me parle de reprendre les soirées et j'ose pas dire oui
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Je vais essayer de l'écrire. Pas sûr d'y arriver d'un coup. Huit ans de hurlements dans la cuisine. Pas tous les jours. Mais. Des cycles. Une crise tous les quinze jours. Deux mois calmes puis une période de feu. Jamais frappé. Pas une fois. Mais. Les mots. Les insultes. Les portes claquées. Et elle qui se recroqueville au bout du canapé pendant que je gueule.
Couple Rennais. 46 et 44 ans. Libertins depuis huit ans, exactement la période où j'ai commencé. À gueuler. Coïncidence non. La thérapeute le dit clairement. J'ai utilisé le libertinage comme exutoire d'une violence interne au lieu de la traiter. Et elle, ma femme, elle a accepté parce qu'elle pensait que c'était mieux qu'autre chose.
Octobre dernier. Crise majeure. Pour rien. Elle a fait sa valise. Vraiment. Elle est partie chez sa sœur trois semaines. Premier vrai déclic de ma vie. J'ai appelé un psy spécialisé violences conjugales. Thérapie individuelle pour moi d'abord, deux mois. Puis thérapie de couple depuis. Dix mois maintenant.
Plus aucun cri depuis. Pas un. Travail de fond sur. La gestion émotionnelle. Les déclencheurs. L'origine, mon père qui hurlait pareil. Tout ça.
Et là. Vendredi dernier. Elle me dit dans le lit, doucement, qu'elle a envie qu'on reprenne le libertinage. Que ça lui manque. Que.
Moi je peux pas. Je sais pas comment expliquer. J'ai peur que le libertinage redevienne le décor de l'ancien moi. J'ai peur de retrouver des couples qu'on voyait avant et qu'ils me regardent comme ils me regardaient. J'ai peur qu'elle redevienne. La femme qui supportait.
La thérapeute dit qu'on peut envisager. Avec un cadre strict. Mais elle me laisse décider.
Hommes qui ont été. Ce mari-là. Qui ont travaillé sérieusement. Vous avez repris. Comment.
Answers
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★ Psychologue spécialisée auteurs de violences conjugales, je travaille au CIDFF de Rennes et en cabinet privé depuis seize ans, exclusivement avec des hommes en démarche de changement. Votre message est rare et important, je vous réponds en clinique avec respect du travail que vous avez engagé. Plusieurs points. Premier point sur la lucidité que vous montrez. Ce que vous écrivez sur le libertinage utilisé comme exutoire d'une violence interne est une analyse juste, et ce niveau de lucidité après dix mois de suivi indique un travail thérapeutique authentique. Beaucoup d'hommes que je suis mettent deux ou trois ans à formuler ce lien-là. Continuez votre suivi individuel en parallèle du suivi de couple, c'est essentiel et c'est statistiquement le facteur principal de non-récidive verbale à long terme. Deuxième point sur la question du retour au libertinage. Je vais vous donner mon avis professionnel net, qui rejoint probablement celui de votre thérapeute mais que vous avez besoin d'entendre formulé d'ailleurs. Dix mois de thérapie après huit ans de cycles de violence verbale, c'est trop tôt pour un retour au libertinage, et je m'appuie sur trois raisons cliniques. Première raison, les schémas de pouvoir et de contrôle dans la dynamique à plusieurs sont des terrains glissants pour un homme qui a utilisé la voix et la parole comme arme. En soirée à quatre, vous serez à la fois vu, comparé, possiblement contredit, et exposé à des situations où votre femme accordera son attention à un autre homme. Ce sont précisément les contextes qui activent les déclencheurs anciens. Le fait que vous n'ayez plus crié depuis dix mois en contexte calme ne garantit rien dans un contexte stimulant. Deuxième raison, votre femme accepte aujourd'hui la reprise comme elle a accepté huit ans de hurlements, parce qu'elle vous aime et parce qu'elle veut croire à votre changement. Sa demande de reprise n'est pas un feu vert clinique, c'est un mouvement affectif qui peut précéder la stabilisation réelle de son rapport à elle-même dans la sécurité retrouvée. Beaucoup de victimes de violence conjugale demandent à reprendre des activités à risque trop vite par culpabilité de freiner le partenaire en démarche, c'est un schéma documenté. Troisième raison, et c'est la plus importante, le libertinage chez vous a coexisté pendant huit ans avec la violence et a été imbriqué dedans. Reprendre la même activité avec les mêmes personnes éventuellement dans les mêmes lieux, c'est rouvrir le décor du syndrome. Mon conseil concret. Demandez un délai supplémentaire à votre femme avec une échéance claire, par exemple un bilan à dix-huit ou vingt-quatre mois de thérapie. Pendant ce temps, travaillez votre sexualité de couple seule, intensément, avec présence pleine. Si vous voulez reprendre une dimension d'ouverture plus tard, faites-le dans un cadre totalement nouveau, autres couples, autre ville pour les premières soirées, autres pratiques. Et faites valider chaque étape par votre thérapeute. Vous êtes sur le bon chemin, ne le sabotez pas par précipitation. Le fait que vous écriviez avec cette honnêteté est déjà la preuve que vous êtes capable de tenir un délai. Tenez-le.
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Femme survivante de violence verbale conjugale, parti il y a six ans après quatorze ans d'enfer. Je veux te dire deux choses. Un, le travail que tu fais est rare et précieux et ta femme a une chance que beaucoup d'entre nous n'ont pas eue. Deux, ne reprends pas. Pas maintenant. Pas parce qu'elle le demande. Si elle te le redemande dans un an, on en reparle. Tu lui dois ce délai. Elle te le pardonnera, elle ne te pardonnera pas une rechute en soirée libertine. Tiens bon.
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Avis légèrement différent. Si la thérapeute de couple est d'accord avec un cadre strict, elle voit des choses que les inconnus du forum ne voient pas. Faites confiance à la professionnelle qui vous suit en direct depuis dix mois plutôt qu'aux avis ici qui sont par définition à distance. Posez-lui la question franchement, est-ce que vous, en clinique, vous voyez les feux verts ou pas. Et suivez sa réponse, pas les nôtres.
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Pas reprendre. Pas avant 24 mois. Minimum.
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Ton message m'a fait pleurer mec. Continue.
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J'ai été cet homme. 49 ans aujourd'hui. Crises pendant onze ans. Thérapie commencée à 44 ans. On a repris le libertinage à 47, donc trois ans pleins après le début du travail. Pas avant. Pas dix mois. Et on a tout changé. Nouveau club, nouvelles personnes, pas un seul couple en commun avec l'ancien réseau. Cette frontière a été essentielle. Aujourd'hui ça va. Mais les trois ans d'attente, je les referais. Sans hésiter. Plus tôt, j'aurais pas tenu.
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