Le mari du couple plus âgé a dit "à mon époque on demandait pas, on sentait", j'ai posé mon verre et je suis partie
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Le dîner s'était bien passé jusque-là. Ma compagne et moi, lui 38 et moi 35, on était assis face à un couple plus âgé qu'on avait rencontré sur un site sérieux. 64 et 61. Conversation alignée sur le papier. Et il a sorti cette phrase au moment où ma compagne lui demandait comment ils géraient le consentement dans leurs jeux d'observation chez des couples tiers.
Pas une seconde d'hésitation, j'ai posé mon verre, j'ai dit on va y aller je crois, ma compagne a souri d'un sourire un peu froid, et on est partis. Dans la voiture elle m'a remerciée. Mais je suis pas sûre d'avoir fait le bon choix sur la forme.
Question. Est-ce qu'on doit considérer que les couples installés depuis les années 80-90 ont mal intégré la culture du consentement explicite, et faut-il dans ce cas couper court systématiquement comme j'ai fait, ou est-ce qu'il y a une pédagogie à faire à la table même. J'ai 35 ans, je viens d'une culture militante féministe, et je tolère pas ce genre de phrase. Mais je me demande si je fais pas du tort à la possibilité d'un dialogue intergénérationnel en pratiquant la sortie immédiate sans explication.
Vos retours, surtout des couples plus âgés qui se sont fait reprendre par des couples plus jeunes sur ce genre de phrase. Vous avez bougé ou vous vous êtes braqués.
Answers
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★ Couple 62/59, libertins depuis plus de trente ans. Je vais te répondre depuis la génération que tu critiques, en essayant d'être honnête. Beaucoup d'hommes de notre génération sortent encore ce genre de phrase, et la vérité c'est qu'à l'époque on faisait effectivement autrement. On lisait les corps, on interprétait des signes, et on s'autorisait des initiatives qui aujourd'hui ne passeraient plus. Certaines fois ça marchait, d'autres fois ça créait des situations dont on a appris des années plus tard qu'elles avaient laissé des traces désagréables chez la partenaire. Donc tu as raison de pas tolérer cette phrase, et tu as raison d'être partie. Le format pédagogique à la table même est précieux quand l'interlocuteur est ouvert, mais quand quelqu'un sort cette phrase sans rougir à 64 ans en présence de quatre personnes dont deux qu'il connaît pas, c'est qu'il considère son système comme légitime et il ne va pas l'abandonner pour une explication de 10 minutes. Ton choix de partir était juste. Si tu voulais ajouter une pédagogie, un message le lendemain en disant pourquoi vous êtes partis, sans agressivité, peut planter une graine. Mais ne te sens pas obligée. Tu n'as pas de devoir éducatif envers ces couples.
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attention à ne pas mettre tous les libertins des années 80-90 dans le même panier. notre couple a 65 et 63 ans, on pratique depuis 1992, et le consentement explicite on l'a découvert il y a une quinzaine d'années en lisant des trucs en anglais sur les conventions BDSM américaines, et on l'a totalement intégré. on engueule régulièrement nos amis du même âge qui sortent des phrases comme celle que tu décris. la génération c'est une variable, c'est pas une fatalité.
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Sociologue spécialisé sur les sexualités contemporaines à Paris-Nanterre, j'ai justement publié sur ces transformations générationnelles dans les milieux libertins français. Ton observation est confirmée empiriquement. Il y a un vrai changement de paradigme du consentement entre les générations entrées dans la scène avant les années 2010 et celles entrées après MeToo. Les premiers fonctionnent sur un modèle implicite et silencieux, les seconds sur un modèle explicite et verbal. Le problème c'est que le modèle implicite des plus âgés produit en réalité plus de situations d'inconfort non dites, alors qu'ils croient sincèrement le contraire. Ta sortie sans discussion est légitime. La pédagogie inter-générationnelle dans ce milieu reste à inventer, peu de couples plus âgés sont prêts à se laisser déstabiliser sur ce point, sauf par un cadre tiers comme un atelier ou un livre. Ta responsabilité n'est pas de les éduquer en direct.
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partir était la bonne réponse. point. la pédagogie c'est pas ton job.
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