Magistrate au tribunal de grande instance le mardi, "Lila" dans un club lyonnais le samedi — je tiens mais ça use d'une façon que je décris pas
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Je vais être directe parce que j en ai marre de tourner autour. Magistrate au siège dans une grande juridiction de la région lyonnaise depuis douze ans. Spécialisée famille, beaucoup de divorces conflictuels, gardes d enfants, ordonnances de protection. Métier que j adore et que je prends très au sérieux, exigence intellectuelle et éthique haute.
Femme 44 ans, couple avec mon mari 47 ans depuis dix-huit ans, deux ados au lycée. Libertins depuis cinq ans, club deux fois par mois, cercle de cinq couples assez réguliers. En soirée je suis "Lila", prénom de scène, accent légèrement modifié, vocabulaire différent, on a même un téléphone burner avec un numéro à part pour les contacts du milieu.
La question. Je tiens techniquement bien la séparation depuis cinq ans. Mais ça use d une façon que je décris pas correctement. C est pas du mensonge social classique. C est plus profond. C est l impression d avoir deux ports d ancrage interne et de naviguer entre les deux en permanence avec un effort qui devient pas négligeable. Le mardi matin je rentre dans la salle d audience avec ma robe noire et la veille j ai été nue à quatre dans une chambre, et les deux me ressemblent vraiment.
Mon mari a la même structure, lui avocat dans un autre barreau, "Marc" en soirée, on s appelle même par nos pseudos en club entre nous pour pas se rater.
Je sais que je vais pas arrêter. Mais je voudrais comprendre ce que cette structure produit à long terme. Vous qui avez ce type de métier exposé (justice, médecine hospitalière, haute fonction publique, enseignement supérieur prestigieux) et qui vivez une double identité scène vs pro depuis longtemps, comment vous décrivez l usure interne, comment vous la gérez ?
Answers
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★ Psychologue clinicien spécialisé en accompagnement de cadres et hauts fonctionnaires, dix-huit ans de cabinet, je reçois régulièrement des magistrats, médecins hospitaliers, profs des universités qui vivent ce que vous décrivez. Ce que vous nommez usure interne a un nom technique en clinique, c est la charge d intégration narrative, c est-à-dire l énergie cognitive nécessaire pour maintenir une cohérence subjective entre deux territoires d existence qui ont chacun leurs codes, leurs valeurs apparentes, leurs corps même au sens phénoménologique. Cette charge est mesurable indirectement par trois marqueurs sur lesquels je vous invite à vous évaluer honnêtement. Un, qualité du sommeil le dimanche soir post-soirée et le lundi matin. Deux, présence ou pas de moments de flou identitaire courts au travail type "qui suis-je vraiment là" qui durent quelques secondes en pleine audience ou en pleine consultation. Trois, capacité à passer du burner au téléphone pro le lundi matin sans transition mentale ou avec un sas obligatoire de plusieurs heures. Ce qui marche sur le long terme pour mes patients dans des structures similaires. D abord ritualiser les sas entre les deux mondes, un trajet en train avec un livre précis qui appartient à un seul des deux mondes, un café au même endroit, une douche obligatoire entre les deux. Ensuite et c est le plus important, accepter qu une troisième identité émerge progressivement, ni Lila ni la magistrate mais une intégration discrète qui sait les deux et qui sait qu elle sait, c est la sortie naturelle au bout de huit à douze ans, et c est plutôt sain. Enfin, surveiller un signal clair, si vous commencez à mépriser ou trouver pauvre l un des deux mondes vu de l autre, c est que la charge devient pathologique, faut consulter. Si vous gardez du respect pour les deux versions de vous, c est tenable longtemps. Sur les pseudos en club entre vous, attention quand même au glissement, beaucoup de couples dans votre cas finissent par avoir un troisième prénom interne juste pour eux deux, c est élégant et ça protège la dimension intime conjugale.
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Bof. Tu te plains pas, tu te valorises. Magistrate qui se déguise en Lila le samedi c est pas une "double identité" c est une activité de loisir avec un costume. Faut arrêter de psychologiser tout. T as un boulot prestigieux et une vie sexuelle plurielle, les deux sont compatibles parce que des millions de gens font pareil sans s en faire un drame. L usure que tu décris c est probablement juste de la fatigue normale d une femme de 44 ans qui travaille beaucoup et qui sort tard deux fois par mois. Réduis à une fois par mois pendant trois mois et regarde si l usure baisse. Si oui c était de la fatigue. Si non on parle.
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Chirurgien orthopédiste hospitalier 51 ans, ma femme cadre supérieure dans la fonction publique territoriale. Pseudos en soirée depuis dix-sept ans. Je te dis honnêtement ce qui se passe au-delà de douze ans, parce que personne en dessous de ça peut te le dire. Au bout d un certain temps les deux identités cessent d être deux identités. Tu deviens un seul humain plus complexe que la moyenne, qui sait faire des choses différentes selon le contexte mais qui n a plus le sentiment d incohérence. C est pas que tu intègres, c est que tu épaissis. La métaphore du port d ancrage que tu utilises actuellement disparaît, tu réalises que t avais juste un port avec deux quais. Concrètement à partir de huit-dix ans tu sens plus la fatigue de la transition entre les deux. Ça met longtemps mais ça arrive. Garde le cap si ça t apporte, l état actuel est juste une étape pas une destination.
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