Une collectionneuse new-yorkaise a acheté la grande toile où je suis nue avec lui pour 14 000€. Et là on bloque sur la suite.
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14 000 euros. Galerie du Marais, vernissage jeudi dernier, j'étais en robe noire au milieu de la salle quand le marchand est venu nous chuchoter "c'est vendu". La grande toile. Celle où on est nus tous les deux enlacés sur un fond bleu cobalt, format 180x140cm. Une collectionneuse new-yorkaise qui a vu une photo trois semaines avant et qui a sauté dans un avion pour le vernissage.
OK donc le contexte rapide. Lui plasticien depuis 20 ans représenté par une galerie parisienne sérieuse, moi historienne de l'art devenue son modèle principal puis sa femme puis sa collaboratrice sur le sujet. On a 38 et 46 ans. Et depuis trois ans toute sa série porte sur nos corps à nous, peinte d'après nos propres séances photo intimes. Y compris des poses très explicites, y compris des scènes où on est deux ou trois sur les toiles. On est libertins depuis six ans et l'art a fini par fusionner avec ça.
Le truc c'est que là, avec la vente New York, ça change d'échelle. On va passer dans des collections privées américaines, peut-être un musée en deux ans selon ce que dit le galeriste. Et le débat à la maison c'est : est-ce qu'on continue à utiliser nos propres corps comme matière, ou est-ce qu'on bascule sur des modèles externes ?
Argument pour continuer. C'est exactement ce qui rend la série forte, le galeriste et trois critiques l'ont dit clairement, c'est la vérité crue des deux mêmes corps qui vieillissent et qui jouissent qui fait la force.
Argument pour basculer. Reconnaissance physique. New York c'est petit, le monde de l'art encore plus petit, dans trois ans tout le milieu saura à quoi on ressemble nus et dans nos pratiques. Mon job d'historienne universitaire en prend un coup potentiel.
Et accessoirement on est tous les deux d'accord que l'angle artistique a aussi des couleurs qu'on voudrait explorer avec d'autres corps, plus jeunes ou plus vieux ou différents. Donc l'argument purement créatif penche aussi vers l'ouverture. Mais c'est l'argument identité qui coince.
Vous artistes plasticiens ou photographes en couple, vous avez géré ce dilemme ?
Answers
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★ Photographe pratiquant le nu en couple depuis huit ans, ma compagne est commissaire d'exposition, on a eu le même dilemme à plus petite échelle quand un de nos tirages est entré dans la collection d'un musée régional en 2023. Voici comment on a tranché parce que c'est exactement le moment où on doit trancher, le galeriste a raison ça va s'accélérer. Une, gardez la série actuelle "vous deux" comme corpus principal mais limitez-la dans le temps. Annoncez publiquement (catalogue, interview, statement) que c'est une série bornée 2022-2027 par exemple, dix ans max. Ça transforme la contrainte identité en geste artistique conscient, c'est plus fort dans le discours critique et ça protège votre vie pro à long terme. Deux, ouvrez en parallèle dès maintenant une seconde série avec d'autres corps, présentée comme distincte, signature plasticienne mais matière humaine élargie. Vous l'appelez "extension" ou "polyphonie" peu importe le nom, l'important c'est que les marchands aient deux portes d'entrée. Trois, sur la reconnaissance physique New York, c'est gérable mieux que tu penses, la majorité des collectionneurs sérieux respectent un mur strict entre la chair de la toile et la chair de l'artiste, c'est dans la culture du milieu, ceux qui passent ce mur sont des outsiders qu'on identifie vite. Sur ton poste d'universitaire, anticipe une conversation honnête avec ton directeur de département dans les deux ans à venir, mieux vaut maîtriser le récit que le subir. Pour le côté libertinage croisé art tu peux regarder le travail de Tracey Emin ou en France de Carolee Schneemann pour des références où des artistes ont fait exactement ce chemin avec succès, pour la lecture critique je conseille "L'Art et la Chair" édité chez Hazan en 2021. Et bravo pour la vente, 14k pour un format 180x140 c'est cohérent et c'est juste un début.
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Question hors-sujet désolée mais ça me fascine — vous gérez comment la séance photo source pour ces toiles ? Vous le faites entre vous avec un trépied ou vous avez un photographe de confiance ? Parce que la qualité de la photo source détermine 80% de la peinture finale, et là vous touchez à des poses très intimes donc l'idée d'un tiers même pro me semble compliquée. Question sincère.
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Continuez avec vous. Basculer sur des modèles externes ça va tuer la série. Tout le monde le verra.
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