Athée militant depuis vingt ans et libertin depuis cinq, je commence à me demander si ma cohérence philosophique tient vraiment debout
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Je vais essayer de poser ça clairement même si je tourne autour depuis des mois. J'ai 44 ans, je suis ingénieur informatique dans une grande ville du Sud-Ouest, et je me définis comme athée militant depuis ma deuxième année de fac. Pas juste sans religion, vraiment militant, j'ai été à la Libre Pensée à une époque, je lis Onfray, je trouve les arguments de Dennett solides, j'ai eu des engueulades familiales mémorables avec ma mère qui est cathouf pratiquante.
Avec ma compagne on est libertins depuis cinq ans, on a commencé prudemment et maintenant on est dans un cercle stable de quatre ou cinq couples qu'on voit régulièrement. Tout se passe très bien à ce niveau-là. Mais voilà ce qui me travaille. Quand je discute avec d'autres libertins, je tombe régulièrement sur des gens très spirituels, des bouddhistes, des tantriques, des néo-chamanes même, et ils ont souvent des choses très précises et très articulées à dire sur ce qu'ils vivent dans leur sexualité partagée. Ils parlent d'énergie, de circulation, de rencontre subtile.
Moi quand je leur réponds avec ma vision matérialiste, neurotransmetteurs, ocytocine, conditionnement social, je trouve mon discours sec en fait. Pas faux, juste sec. Et surtout je me rends compte que ce que je vis vraiment dans certaines soirées dépasse largement ce que je sais expliquer avec mes outils habituels. Y a des moments où je sens des choses entre les personnes présentes que je saurais pas réduire à des hormones.
Question pour les athées convaincus du forum, vous avez vécu ça, ce décalage entre votre cadre théorique et votre expérience vécue. Et vous, vous avez tenu votre matérialisme jusqu'au bout ou vous avez glissé quelque part.
Answers
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★ Athée depuis l'adolescence, prof de philosophie en lycée public depuis vingt-deux ans, libertin avec ma femme depuis huit ans. Votre question est posée avec une vraie honnêteté et je vais essayer de répondre sérieusement parce que je l'ai traversée moi-même. D'abord, il faut distinguer deux choses qu'on confond souvent. Le matérialisme philosophique, c'est-à-dire la thèse qu'il n'existe que de la matière organisée et que la conscience est un produit du cerveau, ça ne vous oblige absolument à rien sur le plan du vocabulaire que vous utilisez pour décrire vos expériences. Vous pouvez parler d'énergie, de présence, de circulation entre les corps, sans pour autant croire à une âme immatérielle ou à un dieu. Spinoza était strictement moniste et il parlait pourtant de joie, d'affects, de puissance d'agir, dans des termes qui n'ont rien de réductionniste. Deuxièmement, ce que vous décrivez dans les soirées, cette sensation que quelque chose circule entre les présents qui dépasse la somme des hormones individuelles, c'est documenté en neurosciences sociales depuis une quinzaine d'années. Synchronisation cardiaque entre partenaires sexuels, miroirs neuronaux qui s'alignent en groupe, oscillations cérébrales qui se couplent. Tout ça est mesurable, et tout ça est sidérant à vivre. Vous n'avez pas besoin de glisser dans le spirituel pour reconnaître que l'expérience humaine est plus riche que le vocabulaire des manuels de première année de bio. Troisième chose, plus personnelle. Le matérialisme militant à 25 ans, c'est utile pour se construire contre une éducation religieuse étouffante. Le matérialisme assumé à 44 ans, c'est autre chose, c'est une posture qu'il faut pouvoir tenir avec souplesse. Onfray est un excellent polémiste mais c'est un piètre métaphysicien. Lisez plutôt Frédéric Lordon ou Catherine Malabou, vous trouverez des matérialismes contemporains beaucoup plus riches qui vous donneront un vocabulaire pour ce que vous vivez sans rien renier. Votre cohérence philosophique tient debout, vous avez juste besoin de l'affiner. C'est pas une crise, c'est une maturation.
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Bon vous allez devenir bouddhiste à 50 ans c'est écrit. Tous mes potes qui se définissaient athées militants à 30 ans ont fini par faire du yoga ou de la méditation à 45. Le matérialisme dur c'est une posture de jeunesse, ça résiste rarement à la vie.
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Le truc qui me dérange dans votre post c'est le mot militant. Pourquoi militer pour quelque chose qui par définition est juste l'absence d'une croyance. Vous militez contre quoi exactement, contre les gens qui ressentent des choses qu'ils n'arrivent pas à expliquer scientifiquement. C'est pas un combat très noble en fait. Et ça explique peut-être pourquoi vous vous sentez sec face aux gens spirituels en soirée, ils sont dans la description de leur expérience, vous vous êtes encore en mode débat contradictoire. Lâchez le militant, gardez l'athéisme.
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