Dimanche 1h30 du matin, club libertin de Béziers, je vois entrer le maire de mon village de 800 habitants — on s'est tous les deux figés au comptoir
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Dimanche dernier 1h30 du matin. Club libertin de la périphérie de Béziers, dans une zone industrielle, lumière rouge sur la façade discrète. On était arrivés vers minuit avec ma femme, on connaît ce club depuis deux ans. Comptoir en formica laqué, odeur très spécifique de désinfectant et de parfum mélangés, basse électronique qui tape doucement à travers la cloison.
Je suis au comptoir avec ma femme, on commande deux verres. La porte d'entrée s'ouvre. Un couple entre. Je tourne la tête machinalement et c'est lui. Le maire. Le maire de mon village.
Notre village fait 800 habitants exactement. Le maire est en place depuis 2014, troisième mandat, ancien agriculteur reconverti en élu local, ultra-connu, ultra-respecté. Sa femme aussi très visible localement, elle gère la bibliothèque municipale. Tout le monde se connaît.
Démographie. Couple 42 et 39, deux enfants 9 et 12 ans scolarisés à l'école communale du village donc on dépend directement de la municipalité du maire en question pour la cantine, le périscolaire, le local associatif où ma femme fait du yoga le mardi soir. Le maire a 58 ans sa femme 56.
Le truc bizarre dans la séquence. Le club est à 90 km du village. Pour s'y rendre depuis chez nous c'est une heure de voiture sur l'A75 puis sortie spécifique. C'est précisément parce que c'est loin qu'on y va, justement pour ne croiser personne. Et lui il fait pareil manifestement. Donc on se retrouve à 90 km de chez nous, dans le seul club du secteur où on pouvait raisonnablement penser être tranquilles.
Au moment où il me voit. Trois mètres entre nous. Il tient son manteau qu'il n'a pas encore posé. Sa femme à côté qui ne réalise pas. Lui devient pâle. Vraiment. Le visage qui se vide d'un coup. Je le vois reculer d'un demi-pas. Il dit quelque chose à sa femme tout bas. Ils repartent vers la sortie. Cinq secondes après ils sont dehors. On ne les a pas vus de la soirée.
Lundi à la mairie j'avais un dossier à déposer pour une autorisation d'urbanisme. Je suis allé. Le secrétariat. Il était dans son bureau porte ouverte. Il m'a vu passer. Il a baissé les yeux sur son écran. Je suis ressorti sans le saluer parce que je ne savais pas quoi faire.
Vraiment je ne sais pas comment on fait. Politiquement il a un poids énorme sur la vie pratique de notre famille. Et lui maintenant il vit avec la trouille qu'on parle. Je ne veux pas qu'il vive avec ça mais je ne sais pas comment lui dire qu'on ne dira rien sans que la démarche soit elle-même louche. Vous avez vécu ça avec un élu local ou une figure publique de votre village.
Answers
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★ Couple ruraux 47 et 49 d'un village du Tarn 600 habitants on a vécu très exactement la même chose il y a six ans avec l'adjoint au maire qui était aussi notre voisin direct. Croisement dans un club à 70 km de chez nous. Trois jours de panique de notre côté trois jours de panique du sien j'imagine. La sortie qu'on a trouvée et qui a marché parfaitement c'est passer par un canal indirect non verbal. Voici ce qu'on a fait précisément. Le mercredi suivant ma femme est passée à la mairie pour une question municipale banale paiement de la cantine. Elle a croisé l'adjoint dans le couloir elle lui a souri très naturellement et lui a juste dit "bonjour Monsieur, tout va bien, bonne semaine" avec un ton parfaitement normal. Trois secondes. Pas une allusion pas un appui pas un regard. Le message qu'elle lui envoyait c'était "on ne change rien, on n'en parle pas, on continue comme avant". Il a compris immédiatement. La semaine suivante il est passé à la maison pour un truc associatif il a salué normalement, et le sujet a été clos sans qu'on ait jamais eu à mettre un seul mot dessus. Le truc important c'est que vous n'avez pas besoin de lui dire qu'on ne dira rien. Vous devez juste lui montrer par votre comportement normalisé pendant deux ou trois interactions banales que rien ne change. C'est ça qu'il attend pour respirer. N'allez surtout pas dans son bureau pour avoir une conversation explicite ça serait contre-productif vous lui imposeriez de mettre des mots sur quelque chose qu'il préférerait gérer dans le silence. Le canal indirect d'interactions municipales normales pendant deux semaines suffit. Et au bout d'un mois il sera apaisé et vous aussi. La ruralité a ses codes le non-dit y est un outil de civilité pas un défaut.
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Élu local moi-même dans une commune de 1200 habitants depuis huit ans, libertin depuis vingt. Je vais vous dire ce que le maire ressent en ce moment parce que c'est ma terreur quotidienne depuis vingt ans. Le mandat municipal en zone rurale tient sur la confiance locale et un seul ragot bien placé peut le détruire. Donc votre maire n'a pas dormi depuis dimanche, il imagine déjà sa femme apprenant ça par un tiers, il imagine les opposants politiques locaux en faire usage à l'élection suivante, il imagine ses petits-enfants posant des questions. Sa peur est énorme et disproportionnée mais réelle. Le geste qui le sauvera c'est exactement ce que dit le premier commentaire, une interaction municipale parfaitement normale dans la semaine où vous traitez votre dossier d'urbanisme sans rien laisser paraître. Ce sera son signal qu'il peut respirer. Le mois suivant vous pouvez même prendre un café à la mairie sur un sujet associatif, en présence de la secrétaire, c'est le signal numéro deux. Au troisième signal il dormira à nouveau. Soyez précis et patient. Et pour l'amour du ciel ne lui parlez jamais directement du sujet même seul à seul, ce serait une catastrophe pour lui de devoir le verbaliser, le non-dit est ici un acte de respect.
15 ↑
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Ce qui est fascinant dans votre histoire c'est la statistique du croisement. Un village de 800 habitants un club à 90 km et c'est précisément là que vous tombez sur lui. Ce n'est pas un hasard c'est la signature d'un comportement humain prévisible. Les gens qui veulent être discrets cherchent tous les mêmes critères de distance et de discrétion donc ils convergent mécaniquement vers les mêmes lieux éloignés. Si vous voulez minimiser le risque de récidive il faut faire l'inverse de l'intuition, prendre des clubs à 200 km ou alterner trois clubs différents tous à plus de 60 km, ne jamais utiliser le même deux fois de suite. Statistiquement vous diviserez par cinq votre risque de recroisement local. Pour le maire le commentaire le mieux noté a raison sur la méthode indirecte, c'est très juste pour la ruralité française. Une seule chose à ajouter, dans les six mois qui viennent ne déposez aucun dossier compliqué à la mairie qui mettrait le maire en position de devoir vous dire non sur quelque chose, ça créerait une tension impossible à lire pour lui et pour vous, attendez un an pour les démarches sensibles.
12 ↑
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Petite remarque tangentielle. Sa femme. Vous parlez beaucoup du maire mais sa femme à lui était à côté quand il est devenu blême, elle a forcément senti que quelque chose clochait. Si elle ne savait pas qu'il était libertin ou si elle pensait que vous le saviez pas, elle est aussi dans la tourmente. Selon son tempérament elle peut faire pression sur lui pour comprendre. Donc le risque vient peut-être moins du maire lui-même que de sa femme qui voudra savoir qui vous êtes. Soyez prêt à ce que votre prochaine interaction à la mairie inclue un regard discret de sa femme à elle qui essaiera de vous lire. Restez parfaitement neutre, c'est la seule réponse possible.
6 ↑
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Pourquoi vous êtes ressorti sans le saluer lundi. Là c'est vous qui avez créé une zone de gêne. Allez le voir cette semaine pour votre autorisation d'urbanisme, comportement normal, bonjour Monsieur le Maire, on parle du dossier, merci au revoir. Voilà. Ne ressortez plus jamais sans le saluer ça crée exactement le malaise que vous voulez éviter.
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