J'ai grandi évangélique stricte jusqu'à 28 ans, libertine depuis trois ans à 51, et y a des nuits où je me demande quoi faire de ces vingt ans manquants
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Je sais pas trop comment commencer. Bon je vais essayer. J'ai 51 ans, je suis née dans une famille évangélique très stricte près de Lille, mes parents fréquentaient une église pentecôtiste où on allait au moins quatre fois par semaine. J'ai été élevée dans une vision du corps et de la sexualité où littéralement la pensée d'un baiser hors mariage me faisait pleurer de honte. Mariée à 23 ans à un homme de la même église, deux enfants, vie respectable, beaucoup de service à l'église, beaucoup de bénévolat, beaucoup de tout sauf de moi en fait.
À 28 ans j'ai commencé à craquer doucement. Lectures à l'extérieur, doutes, dépression aussi qu'on m'a fait passer pour un manque de foi pendant deux ans avant que je voie une psy en dehors du circuit. À 32 ans je suis sortie de l'église, mon mari pas tout de suite, on s'est séparés à 35 ans. Vingt ans à reconstruire à peu près tout, mon rapport au corps, ma sexualité, mes amitiés, ma capacité à dire non, ma capacité à dire oui. J'ai rencontré mon compagnon actuel à 44 ans, on s'est mis ensemble lentement, il a énormément accompagné tout ça avec patience.
Et depuis trois ans on est libertins. Très lentement aussi, club doucement puis quelques couples. Voilà ce qui me travaille la nuit. J'ai 51 ans et je découvre ma sexualité partagée et plurielle. C'est extraordinaire et c'est cassant à la fois. Y a des soirées où je suis simplement heureuse, et y a des nuits où je rentre et je pleure pendant deux heures sans pouvoir dire pourquoi, comme un deuil qui remonte par vagues. Mon compagnon est patient et présent.
Voilà j'ai pas vraiment de question précise.
Si y a des ex-fondamentalistes ici qui ont reconstruit après une religion enfermante.
Answers
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★ Je vais te répondre longuement parce que ton histoire est presque mot pour mot la mienne. J'ai 56 ans, élevée témoin de Jéhovah jusqu'à mes 27 ans, sortie de l'organisation à 28 dans des conditions très dures, perte de toute ma famille qui ne me parle plus depuis vingt-huit ans. Mariée pendant la période témoin de 21 à 28 ans, divorcée, remariée à 36 avec un homme extérieur à toute religion, libertine avec lui depuis six ans. Voilà ce que vingt-cinq ans de reconstruction m'ont appris et qui peut peut-être t'aider. Premièrement, le deuil par vagues que tu décris en rentrant des soirées, c'est exactement ce que j'ai vécu pendant les premières années de notre vie libertine et que je vis encore parfois aujourd'hui. C'est pas un signe que le libertinage est pas pour toi. C'est le signe que ton corps découvre des sensations, des plaisirs, des libertés qu'on lui avait interdits pendant vingt-huit ans dans ton cas, et qu'il pleure rétrospectivement tout ce qu'il a pas pu vivre. Ce deuil-là il faut le laisser venir et le laisser passer. Pas le combattre, pas le rationaliser, juste l'accueillir. Parle avec une psy spécialisée dans les sorties de groupes religieux fermés si tu n'en as plus, c'est un domaine clinique reconnu maintenant, on l'appelle parfois SGA, syndrome de groupe aberrant. Ces psys existent en France, notamment via l'UNADFI ou par des réseaux indépendants. Deuxièmement, et c'est important, tu n'as pas vingt ans à rattraper. Cette formulation, je l'ai eue aussi pendant longtemps. Tu n'as pas vingt ans manquants. Tu as une vie à toi, qui inclut maintenant ces vingt ans-là comme un chapitre, mais le chapitre suivant n'est pas une compensation, c'est juste la suite. Si tu te dis je dois rattraper, tu vas te mettre une pression irréaliste sur la vie sexuelle, sur le libertinage, sur ta capacité à vivre. Personne ne rattrape jamais rien. On vit après, c'est tout. Troisièmement, sur ton compagnon. Tu as eu énormément de chance de trouver quelqu'un de patient. Garde précieusement ce couple comme socle. Le libertinage à deux quand on sort d'une religion fermée fonctionne magnifiquement à condition que le socle soit en granit. Le tien semble l'être. Quatrièmement, ce qui m'a le plus aidée à un moment c'est de rencontrer d'autres femmes ex-fondamentalistes et d'en parler entre nous. Pas dans un groupe formel, juste deux ou trois personnes croisées avec qui on a fini par tisser une vraie amitié sur ce qu'on avait traversé. Si tu as la possibilité, cherche. Tu n'es pas seule du tout, on est nombreuses, mais on est invisibles. Et tu vas y arriver. Tu y es déjà arrivée beaucoup, beaucoup plus que tu ne le crois.
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Je vais peut-être passer pour la chiante mais je vais quand même le dire. Tu as fini par fuir une enceinte fermée évangélique pour arriver à 51 ans dans une autre enceinte qui a aussi ses codes, ses rituels, ses pressions de groupe. Les milieux libertins peuvent être très enveloppants aussi. Sois prudente sur le risque de remplacer une appartenance par une autre. Ton compagnon, vos couples amis, les clubs, tout ça commence à composer un nouveau milieu. Reste vigilante sur ta liberté intérieure.
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Bravo pour le chemin parcouru.
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Tes pleurs après les soirées sont peut-être pas un deuil. Peut-être de la joie qui sort comme elle peut, parce que ton corps a pas l'habitude de la laisser sortir tranquillement. À tester en notant si c'est triste ou si c'est juste intense.
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Ex-pentecôtiste ici aussi, sortie à 30 ans, j'en ai 47 maintenant. Ce que tu décris c'est ma vie. Te dirais juste, sois pas pressée. Trois ans c'est rien après vingt ans d'enfermement. Y a des couches qui mettent dix ans à se dégonfler. Et puis y en aura toujours des résidus. C'est ok.
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