Samedi soir canapé, on lance un docu Netflix sur le polyamour pour rigoler, à la fin du premier épisode on rigole plus du tout
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Samedi 21h. On était posés sur le canapé après une semaine épuisante, on cherchait un truc léger à regarder, ma compagne propose un documentaire Netflix sur le polyamour qu'elle avait repéré dans les recommandations. On lance pour rigoler, vraiment, on s'attendait à du voyeurisme américain bas de gamme, du Love Is Blind version triade.
Premier épisode. Couple marié de Portland depuis dix-sept ans, deux enfants, ils ouvrent leur couple à 42 ans. La femme rencontre un autre homme, le mari rencontre une autre femme, ils filment leurs allers-retours, leurs disputes, leurs réussites pendant deux ans. La réalisatrice a un œil extrêmement précis, elle filme pas les scènes intimes elle filme les conversations à table, les retours de soirée, les regards.
À la moitié de l'épisode, scène dans la cuisine. La femme rentre d'un weekend avec son nouveau partenaire. Le mari prépare le petit-déj des enfants. Elle pose son sac, elle hésite, elle s'assied à table. Ils se regardent. Le mari dit raconte-moi ce qui était beau. Pas raconte-moi ce que tu as fait. Raconte-moi ce qui était beau. Et elle se met à pleurer en racontant un moment de marche en forêt avec l'autre.
On a mis pause. Ma compagne et moi on s'est regardés. On n'a rien dit pendant peut-être une minute. Puis ma compagne a dit raconte-moi ce qui était beau, c'est exactement ça la phrase que je voudrais qu'on se dise, et on a relancé.
On a fini les six épisodes en un weekend. On n'est pas polyamoureux. On n'est pas libertins. On est un couple classique de 38 et 39 ans. Et là, lundi matin, on a un truc dans la tête qui nous lâche pas. Vous l'avez vu ce docu. Comment vous l'avez vécu. Et est-ce que c'est sain de se sentir bouleversé à ce point par un docu sur des pratiques qu'on a jamais envisagées.
Answers
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★ Ce docu est exceptionnel parce que la réalisatrice a fait un choix éthique très particulier, elle a refusé de filmer le sexe, refusé de filmer les scènes spectaculaires, elle a filmé uniquement le langage et les regards. Du coup le spectateur n'est jamais en position de voyeur, il est en position d'écoute. Et c'est ce qui produit l'effet que vous décrivez. Vous n'êtes pas bouleversés par ce que ces gens font, vous êtes bouleversés par la qualité de présence qu'ils ont l'un à l'autre. Et cette qualité de présence n'a rien à voir avec le polyamour en soi, elle a à voir avec un travail conscient sur l'attention et la parole dans le couple. Le polyamour est juste le contexte qui les a obligés à inventer ce langage parce que sans ce langage leur couple aurait explosé. Donc votre intuition est juste, la phrase raconte-moi ce qui était beau peut très bien être adoptée dans un couple fermé classique. Elle change quelque chose à ce que vous faites des retours de chacun, des voyages pro, des soirées entre amis, de tout ce qui se vit séparément. C'est une question d'hospitalité à l'expérience de l'autre. Trois pistes pour prolonger. Lisez Esther Perel sur la curiosité dans le couple long. Regardez aussi le docu Wanderlust sur la BBC qui aborde des choses similaires sous forme de fiction, c'est moins doc plus série mais c'est très bien écrit. Et surtout, parlez-vous de ce qui vous a touché dans ce docu sans le ramener à la question du polyamour, parlez juste de la qualité d'écoute. Vous risquez de transformer durablement votre couple sans changer ses contours. Pour finir, sentir un truc bouleversant devant un docu sur une pratique qu'on adopterait pas est complètement sain, c'est de l'art qui fait son travail. Inquiétez-vous le jour où vous regardez quelque chose et que vous sentez rien.
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Bon je vais peut-être casser l'ambiance mais ce docu m'a énervé profondément. Pas parce que c'est mal fait, c'est très bien fait. Mais parce qu'il y a un truc fondamentalement malhonnête dans le montage, c'est qu'on voit jamais les moments de crise réelle, on voit que des moments où les gens trouvent la bonne phrase. Or dans la vraie vie polyamoureuse vous avez 30 pour cent de moments magiques comme dans le docu et 70 pour cent de logistique épuisante, de jalousie banale, de fatigue émotionnelle, de plannings de garde, de discussions qui tournent pas en rond pendant des heures. Le docu fabrique un fantasme du polyamour conscient et zen, et il met la barre tellement haut que tout vrai couple poly se sent ensuite nul à côté. Je préfère largement un docu honnête qui montre la galère que ce truc esthétique. Mais c'est mon avis perso.
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Netflix vend du fantasme propre. Les vraies vies polyamoureuses sont moins photogéniques.
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La phrase raconte-moi ce qui était beau on l'utilise depuis quatre ans avec mon mari, on l'avait lue dans un livre de Belleville de couple thérapeute dont j'ai oublié le titre, et ça a complètement changé notre manière de parler des choses qu'on vit séparément, voyages pro, sorties entre amis, et plus tard rencontres extraconjugales quand on a ouvert il y a deux ans. C'est une phrase magique parce qu'elle force celui qui parle à aller chercher la beauté du moment plutôt que les faits, et elle force celui qui écoute à recevoir sans interroger. Ça vaut tous les manuels de communication non violente.
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