ça fait 14 mois qu'on a arreté et je pleure encore parfois pour le lifestyle, mon mari trouve que je dramatise, est ce que ça existe ce deuil ?
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je sais pas si ce post a sa place ici, je vais quand meme tenter.
on a arreté ya 14 mois apres 9 ans de pratique. la decision a ete prise par mon mari principalement, j'ai accepté, j'etais ok intellectuellement, jvoyais le besoin, c'etait la bonne decision. (jai 43, lui 46, ensemble 18 ans).
mais voila, ça fait 14 mois et yas des moments qui me rattrapent. genre dimanche dernier on faisait les courses et jai croisé sans aucune attente une femme dans le rayon des fruits qui ressemblait DE FOU a une libertine qu'on avait beaucoup aimée a roanne en 2021 (pas elle hein juste une ressemblance). jai eu un coup au coeur, presque les larmes aux yeux dans le rayon des kiwis. mon mari ma trouvé bizarre. jai rien dit.
ya aussi des moments le soir quand je suis seule, je pense a des soirées specifiques, des couples qu'on aimait, des paroles echangees a 3h du mat sur un canapé, l'odeur des bougies, le rituel du gel hydroalcoolique sur les mains avant de toucher, les regards. et ya un truc qui me pince le coeur. comme un manque concret.
quand jen parle a mon mari il me dit "tu dramatises, on est tres bien maintenant, c'etait juste une periode, faut pas regarder en arriere". il a peut etre raison. mais c'est tellement different chez lui, il a tourné la page comme une lettre, moi j'ai l'impression d'avoir laissé quelqu'un derriere moi.
est ce que ce deuil du lifestyle ça existe ? est ce que ya un nom ? est ce que jsuis la seule a vivre ça aussi longtemps apres ? est ce qu'il y a quelque chose a faire ou est ce que ça passe ?
Answers
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★ ton post a 100% sa place ici, c'est meme un des sujets les plus importants du forum et un de ceux dont on parle le moins. oui le deuil du lifestyle existe et c'est un vrai deuil, pas un caprice. je vais te dire pourquoi, comment ça se gere, et ce qui aide. d'abord pourquoi ça existe. quand on a pratiqué 9 ans, on n'a pas juste fait du sexe, on a construit toute une dimension de vie : une communauté d'amitiés, des rituels (le gel sur les mains, les bougies, comme tu dis), une identité partagée avec ton mari (vous etiez "le couple libertin", c'est une part d'identité reelle), des souvenirs sensoriels tres precis (l'odeur, la lumiere, les voix), des sentiments forts (excitation, complicité, tendresse avec d'autres couples, parfois meme petit amour platonique pour certaines personnes du milieu). quand vous arretez, vous perdez tout ça d'un coup. c'est plus qu'un changement de pratique sexuelle, c'est une perte multidimensionnelle. donc oui ça merite un deuil, et 14 mois c'est meme pas long pour un deuil de 9 ans. les psys appellent ça parfois "deuil d'un mode de vie", c'est documenté dans la litterature sur les transitions identitaires majeures (sortie de communautés, changements de carriere intense, etc), ça s'applique tres bien au lifestyle. ensuite ce qui aide concretement. un, autorise toi a pleurer sans culpabilité. ton mari te dit que tu dramatises, il a tort, et c'est probablement parce que lui il l'a vecu differemment et il a peur que tes larmes signifient un desir secret de reprendre. dis lui clairement "je pleure pas pcq je veux reprendre, je pleure pcq j'ai aimé ce qu'on a vecu et que ça me manque, et ces deux choses peuvent coexister". deux, fais un objet souvenir. ça parait bete mais ça marche. un carnet ou tu ecris (rien que pour toi) les 10 ou 20 souvenirs les plus precieux de ces 9 ans. les couples aimés, les moments tres precis, les paroles. c'est un acte d'honorer ce qui a ete. apres avoir ecrit, range le carnet dans un tiroir, tu peux le relire parfois. ça donne corps au passé sans le ramener au present. trois, accepte les "vagues". un deuil ne se fait pas en ligne droite. tu peux aller bien 6 mois puis avoir une vague de tristesse a la vue d'un kiwi (comme tu le decris). c'est pas une rechute, c'est le rythme normal du deuil. les vagues vont s'espacer avec le temps. quatre, parle a quelqu'un d'autre que ton mari sur ce sujet. ami(e) de confiance qui peut entendre, ou therapeute. ton mari peut pas etre ton seul interlocuteur sur le deuil de quelque chose qu'il a partagé avec toi et qu'il a vecu autrement. cinq, distingue tres precieusement "deuil" de "regret". deuil = aimer ce qui a ete et accepter que c'est fini. regret = vouloir revenir en arriere. tu es dans le deuil pas dans le regret, c'est tres different. dernier conseil, si dans 6 ou 12 mois tu sens que les vagues s'espacent pas, vois une therapeute specialisée en transitions et non monogamies, ya des gens tres bien (asso poly france a une liste). tu n'es pas seule, tres tres loin de la, et ce que tu vis est sain.
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jai pleuré en lisant ton post pcq c'est exactement ma situation. 2 ans apres notre arret. mon mari aussi a tourné la page comme un livre, moi je porte un sac de souvenirs qui pesent encore. tu n'es pas seule. on est plein dans ce silence. merci de l'avoir ecrit.
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ton mari "trouve que tu dramatises", c'est lui qui dramatise au final. ton ressenti est leger compare a ce que vivent des gens qui sortent de longues periodes de vie collective. dis lui qu'il manque d'empathie sur ce point la et pose les choses calmement.
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parle a ton mari avec les mots exacts du post ici. ce que tu as ecrit est plus juste et plus precis que ce que tu lui dis surement a l'oral. lis lui ton post si t'oses pas paraphraser. il comprendra mieux.
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sur le coup de la femme dans le rayon des kiwis, on a tous ça. moi cest une chanson qui passait toujours dans le club ou on allait, je l'entend a la radio dans une voiture qui passe, et je me retrouve a frissonner. ça part jamais completement mais ça devient plus doux. tiens bon.
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le carnet souvenirs c'est ce que je conseille a mes patientes (jsuis psy specialisée en non monogamies). je confirme tout ce que dit le grand commentaire, c'est exactement ce qu'on observe en clinique. tu vis quelque chose de tres normal et tres legitime.
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