Bouddhiste pratiquant en couple depuis quinze ans, on explore le tantra avancé à deux et on bloque sur quelque chose
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On va droit au but. Couple, 47 et 45 ans, basés en Bretagne près de Vannes, bouddhistes pratiquants tradition tibétaine kagyu depuis quinze ans pour moi et douze pour ma femme. On fait nos retraites annuelles, on a un lien régulier avec notre lama qui passe deux fois par an en France, on a une pratique quotidienne d'environ 45 minutes le matin chacun. Voilà le cadre.
Depuis trois ans on explore le tantra en couple. Pas le tantra New Age des stages à 800 euros le week-end, le vrai travail textuel et pratique, on a lu les commentaires de Tsongkhapa traduits, on a travaillé avec deux enseignants différents sur la phase de génération et la phase d'accomplissement. C'est dur, c'est long, c'est exigeant. Notre vie sexuelle a énormément évolué, plus lente, plus dense, des sessions qui durent deux trois heures avec très peu de mouvement, beaucoup de présence partagée.
Voilà où on bloque. À un certain niveau de pratique, ce qui est décrit dans les textes c'est un travail avec les souffles, les canaux, et à un stade plus avancé une approche de l'union qui demande un partenaire spécifique avec qui il y a une connexion karmique forte. Or notre lama nous a dit clairement que cette pratique-là, dans la tradition, ne se fait pas systématiquement avec son conjoint. Et là on est coincés. On a pas envie de bouger vers un libertinage de couple classique, c'est pas la même énergie. On a pas non plus envie de séparer cette dimension du reste de notre couple.
Ma question pour les couples ici qui pratiquent le tantra avancé sérieusement, pas en touriste, comment vous avez géré cette question du partenaire de pratique. Vous êtes restés strictement à deux, vous avez intégré d'autres pratiquants, ou vous avez décidé que c'était pas pour ce niveau d'engagement.
Answers
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★ Je vais répondre avec la prudence que mérite votre question parce que c'est un sujet où beaucoup de gens parlent à la légère. Couple, 53 et 51 ans, pratique vajrayāna depuis vingt-trois ans pour moi, dix-huit pour ma compagne. Nyingma de notre côté, mais l'enseignement sur ce point est très proche du kagyu. D'abord, sur la lecture des textes. Tsongkhapa est rigoureux mais sur la pratique du karmamudrā il faut absolument lire en parallèle les commentaires de Jamgön Kongtrul et idéalement avoir un dialogue direct avec un lama qui transmet effectivement cette pratique, pas seulement qui en parle. Beaucoup d'enseignants occidentaux donnent un vernis tantrique sans donner les transmissions formelles, et la nuance est énorme. Ensuite, sur le fond de votre question. Dans la tradition, le partenaire de la pratique avancée n'est effectivement pas nécessairement le conjoint, mais cette affirmation est très souvent mal comprise. Ce qu'elle veut dire c'est que le critère n'est pas le statut conjugal mais la qualité de la pratique du partenaire. Si votre femme et vous pratiquez tous les deux à un niveau comparable et que vous avez la transmission, votre couple peut être le lieu de la pratique. Si l'un des deux n'est pas dans la pratique au même niveau, ça devient effectivement plus compliqué. La question à se poser, calmement, sans précipitation, c'est où en est chacun de vous deux dans sa propre pratique. Troisièmement, je veux être très direct avec vous. La pratique du karmamudrā avec quelqu'un d'autre que son conjoint, en dehors d'un cadre monastique extrêmement strict avec un maître présent, dérape neuf fois sur dix dans le monde occidental contemporain. Les gens confondent transmission tantrique et expérimentation libertine légèrement spiritualisée. Si votre lama vous a parlé de cette possibilité, faites-en avec lui un sujet de plusieurs entretiens, pas une décision rapide. Posez-lui la question des conditions extrêmement précises dans lesquelles cela pourrait se faire. S'il est sérieux, il vous dira combien c'est rare et combien c'est exigeant. S'il est moins sérieux, vous aurez votre réponse aussi. Quatrièmement, et c'est peut-être le plus important, beaucoup de praticiens accomplis sont restés toute leur vie sur les pratiques avec leur seul conjoint et ont atteint des réalisations profondes. La pratique extérieure avec un autre partenaire n'est pas un palier obligatoire. C'est une voie possible parmi d'autres. Ne vous laissez pas embarquer dans une logique de niveau à atteindre, ce n'est pas comme ça que ça marche. Prenez votre temps. Vraiment.
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Mon mari et moi sommes dans la même tradition mais on a pris la décision il y a sept ans de rester strictement à deux pour ce niveau de pratique. Ça nous a beaucoup limités sur certaines pratiques mais ça nous a énormément protégés. Aucune confusion possible entre désir et travail. À considérer.
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Question. Vous parlez du tantra de manière très intellectuelle mais c'est quoi votre vraie question. Vous voulez aller voir ailleurs et vous cherchez une justification spirituelle, ou vous êtes vraiment dans un questionnement de pratique. Parce que vu de l'extérieur les deux peuvent ressembler.
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