Dimanche dans le bain, j'ai réalisé qu'à chaque soirée mon corps me disait non et j'écoutais pas
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Dimanche après-midi, baignoire chez moi, eau bien chaude, sels de la mer Morte que j'avais achetés au marché de Aligre la semaine d'avant, lumière qui décline à travers les rideaux du salon. Je me suis fait couler un bain pour décompresser après la soirée du vendredi qui était lourde. Et au bout de 20 minutes y a un truc qui est sorti en moi, une espèce de réalisation lente. Mon corps me dit non à pas mal de trucs en soirée, depuis longtemps, et je l'écoute pas.
41 ans, libertine depuis 7 ans avec mon compagnon (43). Sur le papier je suis "ok" pour tout ce qu'on fait, je dis oui à chaque fois, je me jette dedans, j'ai des soirées que j'appelle "réussies" parce que techniquement il s'est passé ce qui devait se passer. Mais dans le bain dimanche j'ai recompté. Vendredi y avait au moins trois moments où j'ai senti un signal dans le corps — souffle qui s'accroche, mâchoire qui se serre, légère nausée quand un mec m'a embrassée — et à chaque fois j'ai continué quand même. Comme si le consentement extérieur (j'ai dit oui à la situation globale) écrasait le consentement intérieur (ce que mon corps ressent à l'instant T).
Et là je me demande si pendant 7 ans j'ai pas confondu "je consens" avec "je me contrains poliment". J'en parle pas encore à mon compagnon parce que je veux d'abord clarifier dans ma tête. Mais ça remue.
Quelqu'un est passé par cette prise de conscience après des années de scène ? Vous avez fait quoi ensuite ?
Réponses
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★ Psychothérapeute centrée sur le travail somatique et le consentement, ce que tu décris est en train de devenir un sujet central dans la recherche post-MeToo et c'est ce qu'on appelle parfois la distinction entre consentement déclaratif (ce que tu dis oui) et consentement somatique (ce que ton corps ressent). Ils peuvent diverger pendant des années et ça crée à la longue ce que le clinicien Stephen Porges appelle une "dette parasympathique" — le système nerveux paie une facture en différé qui finit par sortir sous forme de baisse de libido, anxiété, ou comme chez toi, prise de conscience tardive dans un moment de calme. Trois choses utiles. Un, ce que tu vis dans le bain n'est pas une révélation négative, c'est une réintégration corporelle saine, ton système te livre une info qu'il pouvait pas livrer avant. Garde ça en tête, c'est précieux pas effrayant. Deux, avant d'en parler à ton compagnon, fais 3 ou 4 séances avec une thérapeute somatic experiencing ou en sexothérapie corporelle (l'Institut Français de Sexothérapie Corporelle à Paris ou les praticiens du Sexocorporel québécois maintenant nombreux en France). Tu auras un cadre pour clarifier ce qui est à toi avant de le poser dans le couple. Trois, quand tu en parleras à ton compagnon, ne formule pas comme "tu m'as forcée" — ce n'est probablement pas ça — mais comme "je découvre que je me forçais moi-même et je veux apprendre à m'écouter, j'aurai besoin de toi pour ça". Le livre Come As You Are d'Emily Nagoski (traduit en français Désir et complicité) a un chapitre sur le consentement somatique très accessible.
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