Saint-Étienne libertine, je tente le bilan de quinze ans dans la Loire après notre dernière soirée ratée
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Faut que je dise les choses parce que j'ai personne autour de moi à qui en parler vraiment. On a 51 et 49 ans avec ma femme, on s'est mis au libertinage à 36 ans, donc quinze ans cette année, et on a quasi exclusivement pratiqué sur Saint-Étienne et Roanne avec quelques échappées vers Lyon. Notre bilan, samedi dernier après une soirée vraiment décevante dans le seul club stéphanois qui tient encore, c'est qu'on est probablement en train d'arriver à la fin d'une époque sans qu'on en ait encore tiré toutes les conclusions.
Le constat est sec et il fait mal à formuler. Le club stéphanois historique fonctionne au ralenti depuis trois ans, sa clientèle vieillit avec nous mais aucune relève ne semble arriver, les soirées du samedi soir qui attiraient cinquante couples il y a dix ans en attirent vingt aujourd'hui dont la moitié de mecs seuls. Roanne avait deux clubs il y a sept ans, il n'en reste plus aucun. Les soirées privées sur Andrézieux ou Firminy qu'on fréquentait dans les années 2015-2020 ont quasi toutes cessé, leurs organisateurs ont arrêté pour cause d'âge ou de divorce. Et la jeune génération libertine du bassin stéphanois, si elle existe, monte directement sur Lyon sans passer par chez nous.
Quand on regarde en arrière on a vécu une période faste qui n'existe peut-être plus. Les soirées dans la chocolaterie désaffectée vers Le Chambon-Feugerolles, les week-ends dans la maison de campagne du couple de Saint-Galmier, le réveillon 2018 chez les amis de Roanne où on était trente. Tout ça appartient à un passé qui ne reviendra pas dans cette région.
La question que je pose à la communauté c'est large et un peu lourde. Est-ce que la Loire libertine est en train de mourir vraiment, ou est-ce que c'est mon couple qui vieillit et qui voit le monde se vider parce qu'on n'accède plus aux nouveaux cercles. Vous avez vécu ça dans d'autres villes moyennes françaises, ce moment où vous comprenez qu'une scène locale s'est asséchée définitivement. Et surtout, qu'est-ce qu'on fait quand on aime un territoire et que ce territoire ne porte plus la vie qu'on aimait y mener. On part. On s'adapte. On accepte. Voilà.
Answers
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★ Votre bilan est lucide et il s'applique à beaucoup de villes moyennes françaises qui ont connu un âge d'or libertin entre 2005 et 2018 environ, puis un déclin progressif amorcé après la pandémie et accéléré ces deux dernières années. Saint-Étienne n'est pas un cas isolé, j'ai observé exactement les mêmes phénomènes à Limoges, à Châteauroux, à Charleville-Mézières, à Belfort. La combinaison d'un vieillissement démographique général de la population libertine née dans les années 1960-1975, d'une non-relève par les générations plus jeunes qui pratiquent différemment via applis et événements urbains, et d'une migration des actifs vers les métropoles pour des raisons économiques, vide structurellement les bassins de population secondaires. Ce n'est pas votre couple qui vieillit isolément, c'est tout un modèle libertin provincial du début du 21e siècle qui touche à sa fin. La question n'est plus de savoir si la Loire libertine meurt, elle meurt déjà. La question est de savoir si vous voulez accompagner ce déclin sur place ou réinventer ailleurs.
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Bilan triste. Partez. Lyon est à 45 minutes en TGV, vous y trouverez encore une scène vivante et diversifiée pour vingt ans au moins. Rester par fidélité à un territoire qui ne porte plus votre vie c'est sentimental mais ce n'est pas pratique. La Loire libertine ne renaîtra pas dans vos dix ou vingt prochaines années.
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Quinze ans c'est aussi le moment où beaucoup de couples libertins changent de besoin sans le formuler. Le club du samedi qui était excitant à 36 ans devient répétitif à 51. C'est pas la scène qui s'appauvrit nécessairement, c'est votre rapport à elle qui mature. Mes parents étaient libertins dans les années 80-90 — je l'ai appris à leur décès en triant des papiers — et ils avaient arrêté la pratique sociale en club vers 50 ans pour basculer sur deux couples amis qu'ils voyaient en privé jusqu'à la fin. Sans drame, comme une évolution naturelle. Peut-être que c'est votre étape actuelle.
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Le réveillon 2018 chez les amis de Roanne où vous étiez trente, c'est ce genre de souvenir qu'il faut chérir sans le poursuivre. La scène libertine française des années 2010 a été exceptionnelle dans son énergie collective, et ceux qui l'ont vécue dans une ville moyenne ont eu une chance que les générations suivantes n'auront probablement pas avec la même intensité. Accepter que c'était un moment historique et que vous y avez participé pleinement, c'est peut-être déjà une forme de paix.
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Vous évoquez les mecs seuls qui peuplent maintenant la moitié du club stéphanois du samedi soir, c'est le marqueur classique d'une scène en déclin. Quand les couples partent, les clubs baissent leurs critères d'admission pour maintenir un chiffre d'affaires, et l'invasion des hommes seuls accélère le départ des couples restants. Cercle vicieux bien connu. Aucune scène locale ne s'est jamais relevée de cette spirale dans toute l'histoire du libertinage français des trente dernières années.
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On a vécu exactement la même histoire à Mâcon entre 2008 et 2023. Une scène locale très vivante au début, deux clubs corrects, des soirées privées régulières dans des domaines viticoles, un cercle d'une trentaine de couples qu'on connaissait tous. En quinze ans tout s'est défait. Les clubs ont fermé l'un après l'autre, les couples se sont dispersés entre Lyon et Genève, les organisateurs de soirées privées sont passés à autre chose. On a tenu jusqu'au bout par attachement à la ville, puis en 2023 on a déménagé sur Lyon. Aucun regret après deux ans là-bas, on a retrouvé une vraie scène et un rythme qui nous correspond, alors qu'à Mâcon on était devenus comme vous des spectateurs d'un déclin qu'on ne pouvait pas inverser.
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La chocolaterie désaffectée vers Le Chambon-Feugerolles, je connais. J'ai participé à trois soirées là-bas en 2017 et 2018, organisées par un couple qui avait racheté le bâtiment pour le transformer en loft. Ils ont fini par revendre en 2021 à des promoteurs immobiliers, l'endroit est devenu un immeuble de logements sociaux maintenant. Quand on passe devant on a du mal à reconnaître. Je partage votre nostalgie, c'était vraiment un moment particulier dans la région.
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Bilan dur à lire mais nécessaire. Vous écrivez bien, c'est rare sur ces sujets. Et la phrase finale "On part. On s'adapte. On accepte. Voilà." dit tout ce qu'il y a à dire. Bonne route à vous deux.
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