L'article de Marianne du mois dernier sur le libertinage français qui présente le milieu comme bourgeois conservateur et codifié, vous y reconnaissez votre pratique ou pas
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Article Marianne, numéro de fin avril, six pages signées d'une journaliste qui a passé six mois à interviewer trente couples libertins à Paris, Lyon et Marseille. Thèse de l'article. Le libertinage français contemporain est un loisir de classe moyenne supérieure, bourgeois dans ses codes, conservateur dans ses pratiques, codifié à l'extrême, et il a peu de choses à voir avec une libération sexuelle réelle.
J'ai lu deux fois. Ma femme aussi. On en a discuté.
Sur le fond la journaliste cite des chiffres. Moyenne d'âge des couples interrogés 44 ans. CSP+ majoritaire. 80 pour cent ont des enfants. Les pratiques sont selon elle assez homogènes, soirées en club ou à domicile, codes vestimentaires précis, langage codé, hiérarchie informelle entre habitués et nouveaux. Elle conclut que le libertinage français est moins un terrain d'exploration sexuelle qu'un loisir social structuré pour une bourgeoisie qui s'ennuie.
C'est un peu vache. Mais en lisant on s'est reconnus sur plusieurs points. On est CSP+, on a deux enfants, on a 41 et 43 ans, on fréquente des couples très similaires à nous, et nos pratiques sont effectivement assez codifiées par rapport à ce qu'on imaginait au début.
Donc question directe. Est-ce que vous trouvez cet article juste, exagéré, méprisant ou éclairant. Est-ce que le libertinage français est devenu un loisir bourgeois ou est-ce une caricature de journaliste qui a pas vu la diversité réelle du milieu.
Answers
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★ L'article de Marianne est à la fois juste dans son constat sociologique et incomplet dans son analyse, et je vais essayer d'expliquer pourquoi parce que c'est important pour la communauté de pas se braquer en bloc contre ce genre de papier. Premièrement sur les chiffres et la sociologie, la journaliste a raison. Le libertinage en club et en soirée privée organisée en France est effectivement majoritairement une pratique de CSP+ entre 35 et 55 ans, avec enfants, vivant dans les grandes métropoles. Les enquêtes universitaires confirment ces données, notamment les travaux de la sociologue Catherine Deschamps qui a écrit là-dessus dans les années 2010. Donc nier ce fait c'est se mentir. Deuxièmement sur les codes et la codification, là encore elle a raison. Les codes vestimentaires, le vocabulaire, les hiérarchies informelles entre habitués sont réels et reproduisent en partie les codes bourgeois classiques. C'est pas un hasard si beaucoup de clubs parisiens ressemblent à des restaurants étoilés dans leur ambiance. Troisièmement et c'est là où l'article devient incomplet. La journaliste rate plusieurs angles. D'abord elle ne parle pas du libertinage hors club et hors soirée organisée, qui est massif et plus diversifié socialement, qui se joue dans des résidences vacances ou sur des sites de rencontres directs. Ensuite elle ne parle pas des trentenaires qui arrivent dans le milieu avec d'autres codes, plus inspirés du polyamour américain que du libertinage parisien classique. Enfin elle confond bourgeoisie et embourgeoisement, ce qui n'est pas la même chose. Une pratique peut être pratiquée par la bourgeoisie sans être bourgeoise dans son essence. Conclusion. Reconnaissez-vous dans ce que dit l'article si ça vous parle, mais ne réduisez pas la réalité du milieu à ce que Marianne en présente, c'est une coupe partielle qui correspond à un segment majoritaire mais pas universel. Lisez aussi les travaux universitaires français sur le sujet, ils sont plus nuancés.
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Article méprisant. Journalisme de surplomb. Marianne fait ça à tous les sujets de société depuis quinze ans.
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Faut accepter que oui c'est un loisir bourgeois. Pourquoi c'est gênant. La bourgeoisie a le droit d'avoir ses loisirs. Le golf c'est bourgeois personne s'en plaint. Le yachting aussi. L'opéra. Le libertinage en club idem. Le problème de l'article c'est pas le diagnostic c'est le ton moralisateur qui suggère que bourgeois égale faux ou inauthentique. C'est une posture de classe inversée typique de Marianne.
10 ↑
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Trente couples interrogés. C'est rien à l'échelle d'un mouvement social. La généralisation est faible.
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Si vous voulez creuser le sujet sérieusement il y a un livre qui est sorti en 2022 chez La Découverte qui s'appelle Échangismes contemporains, je crois c'est un collectif dirigé par un sociologue dont j'ai oublié le nom mais c'est facile à retrouver, qui prend justement le contrepied de l'article Marianne en montrant la diversité réelle des pratiques en France entre échangisme bourgeois classique, polyamour bohème, libertinage populaire de soirées privées en région, et nouvelles pratiques numériques. C'est plus dense que Marianne mais ça vaut la peine.
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