Je suis prof de philo dans un lycée privé catho et je passe mes weekends en soirées libertines, est-ce qu'il y a vraiment une contradiction
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La question est simple mais elle me travaille depuis des mois. J'enseigne la philosophie en terminale dans un lycée privé sous contrat à tendance catho dans une ville moyenne de province, ça fait neuf ans. Mes élèves m'adorent, mes collègues me respectent, j'ai bonne réputation. Et avec ma femme, qui est cadre dans une banque, on fréquente le milieu libertin depuis presque cinq ans, soirées clubs, soirées privées chez nous, voyages thématiques l'été. On vit deux vies très séparées.
Le truc c'est qu'en cours je parle de Kant, de Spinoza, de Nietzsche, je fais des dissertations sur l'éthique, sur le désir, sur l'autonomie, sur la liberté du sujet. Et je me demande de plus en plus si y a une incohérence à enseigner ça la semaine et à vivre comme on vit le weekend. Pas une incohérence morale au sens religieux du terme, je m'en fous, je suis pas croyant moi-même même si je bosse en privé catho. Une incohérence intellectuelle.
Mes élèves apprennent à penser par eux-mêmes, à interroger leurs désirs, à se construire moralement. Et leur prof rentre chez lui le vendredi soir et fait des trucs que la société considère encore largement comme déviants. Est-ce que c'est cohérent ou est-ce que c'est juste un grand écart hypocrite que je me raconte. Je sais pas.
Je cherche pas une validation hein. Je cherche à entendre d'autres profs ou des gens dans des métiers à fort positionnement moral, comment vous tenez les deux versants sans craquer intellectuellement.
Answers
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★ Prof de lettres modernes en lycée privé aussi, 44 ans, libertine avec mon mari depuis sept ans. Votre question est exactement celle que je me suis posée pendant deux ans et demi, et je crois que j'ai trouvé une réponse qui tient au moins pour moi. La cohérence intellectuelle que vous évoquez, elle dépend de comment vous définissez votre métier d'enseignant. Si vous croyez que votre rôle c'est de transmettre une morale, alors oui il y a un grand écart entre Kant le mardi et un quatuor le samedi. Mais si vous croyez que votre rôle c'est d'apprendre à vos élèves à penser et à interroger les évidences, alors vous êtes profondément cohérent. Ce que vous faites le weekend c'est précisément l'application personnelle de ce que vous enseignez en cours, vous interrogez les normes sexuelles que la société vous a transmises, vous expérimentez une autre manière d'habiter votre désir, vous le faites en couple et en conscience. C'est même très spinoziste si on veut. La vraie question c'est pas est-ce que je suis cohérent, c'est est-ce que mes élèves ont besoin d'un modèle ou d'un éveilleur. Si vous pensez qu'ils ont besoin d'un modèle moral exemplaire, démissionnez du privé catho et changez de métier. Si vous pensez qu'ils ont besoin de quelqu'un qui leur apprenne à se penser eux-mêmes, vous êtes à votre place. Et la séparation des sphères que vous tenez, c'est pas de l'hypocrisie, c'est de la pudeur professionnelle, c'est très différent. Un médecin a une vie privée, un avocat a une vie privée, un prof aussi. La société se trompe quand elle exige que les enseignants soient des moines laïcs. Vous êtes un philosophe vivant, c'est ce qu'on devrait apprendre à vos élèves.
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Nietzsche aurait kiffé votre vie. Spinoza aussi. Kant moins.
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Je suis pas prof mais notaire en province et la question de la double vie professionnelle-privée c'est mon quotidien depuis quinze ans. Ce que j'ai fini par comprendre c'est que la cohérence on la cherche au mauvais endroit. La cohérence intellectuelle elle est pas dans l'alignement comportemental, elle est dans l'honnêteté avec soi-même sur les compromis qu'on accepte. Vous acceptez de bosser dans un lycée dont vous partagez pas les valeurs religieuses parce que ça vous offre un cadre de travail correct et un public d'élèves stimulant. Vous acceptez de cloisonner votre vie privée parce que c'est le prix social de votre métier. Ces deux acceptations sont conscientes, donc cohérentes. Le jour où vous les acceptez plus, vous bougez. Pas avant.
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Question intéressante mais vous tournez autour. La vraie incohérence, c'est de bosser dans le privé catho quand on est athée pratiquant le libertinage. Pas le libertinage en soi. Si vous étiez dans le public laïc, la question ne se poserait même pas. Donc soit vous changez d'établissement, soit vous assumez que vous êtes là pour le salaire et la tranquillité, ce qui est légitime mais reconnaissez-le. Le mensonge institutionnel vous pèse plus que le sexe du weekend.
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