Ma femme sort d'une dépression sévère avec hospitalisation, elle me demande de reprendre les soirées dans trois semaines, j'ai peur
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Hospitalisation à Sainte-Anne pendant cinq semaines, retour à la maison fin octobre, traitement lourd, suivi psychiatrique deux fois par mois et thérapie hebdo. Huit mois après elle va beaucoup mieux, elle a repris le travail à mi-temps en mars, l'humeur est stable, le traitement diminue progressivement sous contrôle médical.
Couple 46 et 48, libertins depuis dix ans avant la crise. La dépression a commencé fin 2024 sans cause identifiée, juste un effondrement progressif sur six mois. Le libertinage on a arrêté dès qu'on a vu qu'elle décrochait, donc presque dix-huit mois sans rien.
Hier elle me dit qu'elle veut reprendre. Soirée chez un couple qu'on connaît depuis sept ans, pas de pression, ambiance familière, dans trois semaines.
Mon problème. Je suis sidéré. Pas en colère mais inquiet. J'ai peur que ça la fragilise, j'ai peur de pas reconnaître la femme libertine d'avant, j'ai peur du regard des autres couples qui savent vaguement qu'elle a été malade, j'ai peur qu'elle se forçe pour me faire plaisir.
Le psychiatre dit qu'il faut qu'elle reprenne les activités plaisantes de sa vie d'avant à son rythme. Mais le libertinage rentre dans cette catégorie ; ça compte vraiment comme une activité plaisante ordinaire.
Vous avez traversé ça avec un partenaire qui sort de psychiatrie. Comment vous avez géré.
Answers
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★ Psychiatre hospitalo-universitaire, j'ai dirigé des unités de psychiatrie adulte pendant vingt ans et je consulte aujourd'hui en libéral à Paris. Votre situation est plus fréquente qu'on ne le pense, et votre prudence est saine. Le libertinage rentre effectivement dans les activités plaisantes au sens thérapeutique, mais avec des nuances importantes que je vais détailler. Premièrement, parlez-en directement avec son psychiatre référent, avec son accord à elle évidemment. C'est la seule personne qui peut valider que la reprise est compatible avec sa stabilité actuelle, son traitement et la temporalité de sa rémission. Demandez un rendez-vous à trois si possible, c'est rare mais ça se fait quand le partenaire pose une question concrète et précise. Deuxièmement, votre peur qu'elle se force est légitime et c'est exactement le risque numéro un dans les rechutes post-dépression sévère. Les patients en sortie d'hospitalisation cherchent souvent à rassurer leur proche en surjouant la normalité retrouvée. Convenez d'un signal physique simple, un mot dit à voix basse, une main sur l'avant-bras, qui signifie qu'on arrête tout maintenant sans justification ni discussion. Troisièmement, sur le format de reprise, le couple connu depuis sept ans avec qui vous êtes en confiance est exactement le bon contexte. Évitez les clubs, les rencontres nouvelles, les soirées à plus de quatre personnes pour les six premiers mois. Vous testez en environnement contrôlé. Quatrièmement, anticipez la phase d'après avec votre femme, pas juste la soirée. Les vingt-quatre à soixante-douze heures qui suivent sont la fenêtre où une émotion ingérable peut émerger. Restez disponible le lendemain, prévoyez du temps lent ensemble, observez son sommeil et son humeur. Cinquièmement, votre peur du regard des autres couples qui savent. Cette peur est saine et elle vous protège tous les deux. Soit le couple ami sait être discret sur le sujet maladie ce soir-là, soit vous reportez. Ne reprenez pas avec des gens qui pourraient avoir un mot maladroit. Sixièmement, pour vous, le partenaire qui a tenu pendant dix-huit mois. Vous avez sans doute votre propre épuisement non traité. Considérez un suivi psy individuel quelques séances le temps de cette reprise, vous en bénéficierez beaucoup. La reprise du libertinage post-dépression est possible et souvent bénéfique mais elle ne se gère pas comme une reprise de loisir ordinaire.
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Vous parlez de votre peur à vous très clairement et c'est rare et bien. Mais vous mélangez deux choses. La peur qu'elle rechute, légitime, à traiter avec son psy. Et votre peur de pas reconnaître la femme d'avant, ça c'est votre travail de deuil à vous, parce que la femme d'avant ne reviendra peut-être pas pareille. Elle reviendra autre. Acceptez ça avant la soirée sinon vous serez déçu sans savoir pourquoi.
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Le traitement antidépresseur affecte souvent la libido et l'orgasme. ISRS surtout. Vérifiez avec son psy si elle est encore sous traitement et si oui anticipez avec elle qu'une partie de son corps pourrait ne pas répondre comme avant. Pas une raison pour ne pas y aller mais une raison pour pas en faire un drame si ça se présente.
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On a vécu ça en miroir, c'est moi qui ai fait une dépression sévère en 2021 avec deux mois d'hospit. Mon mari a eu la même peur que vous. On a repris au bout de quatorze mois en discutant beaucoup avec ma psychiatre d'abord. La soirée s'est très bien passée mais le lendemain j'ai pleuré quatre heures, pas de rechute, juste une décharge émotionnelle massive. Anticipez ça, c'est probable et ce n'est pas grave si vous êtes prêts.
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Le couple ami depuis sept ans c'est exactement la bonne idée. Prévenez la femme du couple ami à l'avance que votre femme sort d'une période compliquée sans détailler. Elle sera attentive sans être lourde. Ça désamorce 80% des risques de soirée bancale.
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Avis contraire prudent. Si son psychiatre suit le dossier depuis dix-huit mois et qu'elle est stable depuis huit mois avec reprise du travail réussie, ce n'est pas à vous de freiner. Votre rôle c'est de l'accompagner, pas de la protéger comme une enfant. Posez-lui la question franchement, est-ce que tu le fais pour toi ou est-ce que tu le fais pour moi. Si elle dit pour moi, faites-lui confiance. La surprotection post-dépression peut être aussi délétère que l'abandon.
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Trois semaines c'est court. Repoussez à six.
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