Je tourne en rond sur cette question depuis trois semaines, où est la frontière exactement entre nous et le travail du sexe
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Je vais essayer de penser à voix haute parce que là j'ai personne autour de moi à qui je peux poser ça sans me faire mal regarder Trois semaines que je tourne sur la question. Vraiment trois semaines. Une amie de longue date a appris ce qu'on fait avec mon mari et m'a dit en gros, sans agressivité juste en posant la question "ok mais en quoi c'est différent de la prostitution si vous baisez avec des inconnus le samedi soir". Et j'ai pas su répondre proprement sur le moment.
36 ans, mariée, libertine depuis 4 ans, on pratique en clubs uniquement, jamais payés évidemment jamais rémunérés, et même là je trouve la question méritée. Je l'ai retournée pendant ces trois semaines. Voilà où j'en suis et je vous prie de me corriger si mes lignes sont mauvaises.
D'abord la différence évidente, l'argent. Mais c'est insuffisant comme critère, parce que la prostitution éthique existe entre adultes consentants payée et c'est pas immoral en soi selon mes valeurs. Donc l'argent c'est descriptif pas moral
Ensuite l'absence d'offre publique. Nous on offre pas un service à des inconnus. Mais on s'inscrit sur des sites où on est filtrables comme un catalogue Donc cette ligne-là est plus floue que je pensais.
Ensuite le plaisir partagé Mais beaucoup de travailleuses du sexe disent qu'elles ont aussi du plaisir et c'est leur droit le plus strict je vais pas leur dire qu'elles mentent Donc ça aussi c'est faible.
Du coup ce qui me reste comme vraie ligne c'est le statut juridique et économique mais c'est juste une donnée administrative. Sur le plan éthique pur je vois plus.
Vous, vous mettez la ligne où Pour moi pour l'instant j'arrive à "y a pas de ligne morale dure entre les deux pratiques tant que tout est consenti, juste des différences de contexte économique" et ça me dérange un peu de pas pouvoir distinguer plus clairement Pourquoi ça me dérange je sais pas non plus
Answers
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★ Philosophe sexologue, ta réflexion est honnête et plus juste que la moyenne, je vais te proposer un cadrage qui je l'espère t'aidera à finir le travail que tu as commencé. Tu as raison de constater qu'aucun des critères classiques pris isolément (argent, offre publique, plaisir) ne fonde une distinction morale dure. Tu as raison aussi de dire que prostitution éthique entre adultes consentants n'est pas immorale en soi. Là où tu pourrais préciser sans pour autant créer une hiérarchie morale entre les deux pratiques, c'est sur trois éléments contextuels qui ne disent pas "mieux ou moins bien" mais qui disent "différent". D'abord la question structurelle, dans l'immense majorité des cas le travail du sexe en France est exercé dans un contexte de précarité économique, migratoire ou contrainte légale (loi de 2016) qui pèse sur le consentement réel même quand il est verbalement donné, et ce contexte n'est pas le tien. C'est pas une supériorité, c'est une différence de conditions structurelles. Ensuite la question de la relation, le libertinage est en général une pratique de couple ou de communauté qui inscrit le sexe dans une continuité relationnelle, le travail du sexe est en général une pratique de service qui ferme volontairement cette continuité. Différence fonctionnelle, pas morale. Enfin la question politique, soutenir les droits des travailleuses et travailleurs du sexe (décriminalisation, syndicalisation type STRASS) et pratiquer le libertinage sont parfaitement compatibles, ce que tu peux dire à ton amie c'est précisément que tu es sur ce terrain-là. La ligne morale dure n'existe pas, et c'est rassurant pas inquiétant, ça veut dire que tu peux te positionner par contexte plutôt que par jugement.
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Honnêtement tu te poses trop de questions. Pas besoin de répondre à ton amie. Elle pose une question piégée pour te déstabiliser, tu lui dois pas une dissertation. "On choisit notre vie de couple, voilà." Point final.
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Différence simple, le libertinage tu peux arrêter demain sans changer de vie matérielle, le travail du sexe en général non. C'est le pouvoir économique de dire stop qui distingue, pas la morale.
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Travailleuse du sexe depuis 8 ans et libertine dans ma vie privée depuis 5, je vois rarement quelqu'un poser la question aussi proprement que toi alors merci. Pour moi la frontière elle est dans l'intention au moment précis de l'acte. Quand je travaille je rends un service, mon corps est mon outil et mon cerveau est en mode pro, je peux avoir du plaisir mais c'est pas le but du moment. Quand je suis libertine je suis en mode plaisir partagé et le sexe est sa propre fin. Les deux sont des activités humaines respectables, juste différentes en finalité, et la confusion vient du fait que dans les deux cas y a du sexe avec un inconnu. Mais y a aussi du sexe avec un inconnu dans un coup d'un soir gratuit et personne appelle ça de la prostitution. Donc juste sois claire avec ton amie sur la finalité de ce que tu fais, et n'accepte aucun jugement moral sur la prostitution non plus.
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Lis "Le coût de la virilité" de Lucile Peytavin et "Putain" de Nelly Arcan, dans cet ordre. Tu reviendras avec des outils plus fins pour penser ta question. Y a une littérature de qualité sur ce sujet et c'est triste de la rater.
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Ce qui te dérange c'est probablement pas l'absence de ligne dure c'est la peur que ton amie ait raison sur un truc. Et le truc c'est pas que tu serais prostituée, c'est que ta sexualité est plus radicalement libre que ce que ta culture intérieure t'autorise à assumer. Bosse plutôt là-dessus, pas sur la frontière.
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