On quitte tous les deux nos postes de cadre à 52 ans pour ouvrir un atelier de céramique en Dordogne, est-ce que le libertinage se réinvente aussi
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Question directe. On a posé notre démission tous les deux le même jour le 14 avril. Lui directeur commercial dans la pharma, moi DRH dans une boîte de cinquante personnes. Cinquante-deux et cinquante et un ans. On part en septembre s'installer en Dordogne, à côté de Sarlat, pour ouvrir un atelier de céramique grès et émail qu'on prépare depuis trois ans en cours du soir.
Couple ensemble depuis vingt-six ans, libertins depuis treize ans, deux enfants majeurs autonomes. Le projet est solide, on a six-cent-mille euros de mise de côté après vente de l'appart parisien, la maison-atelier est achetée cash, on a deux ans de trésorerie pour démarrer sans pression.
La question vraie. Notre libertinage parisien c'était les clubs du 11e, deux soirées par mois, un cercle de couples cadres aisés autour de cinquante ans, des week-ends à Deauville, des codes très urbains. En Dordogne on connaît personne et la démographie est radicalement différente. Plus rural, plus âgé en moyenne, des couples retraités plutôt que des cadres, des codes vestimentaires différents, un rythme de vie sans dimanche soir parisien.
Ce qu'on se demande. Est-ce que notre libertinage va s'adapter naturellement ou est-ce qu'on va devenir abstinents par défaut. Est-ce qu'on garde un pied à Paris avec un Airbnb une semaine sur deux pour entretenir le cercle, ou on coupe net et on construit autre chose là-bas.
Couples qui ont fait une reconversion territoriale à cinquante ans plus, racontez. La sexualité partagée a survécu au déménagement vie pro.
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★ Psychothérapeute spécialisée transitions de vie et sexualité, cabinet à Bordeaux, je travaille beaucoup avec des reconvertis quinquagénaires installés en zone rurale Sud-Ouest. Ce que vous décrivez est un cas que je vois trois ou quatre fois par an. La question que vous posez n'est pas la bonne, et c'est important de la reformuler avant le déménagement. Vous demandez si votre libertinage va survivre. La vraie question est, quel libertinage voulez-vous construire dans cette nouvelle phase de vie. Premier point clinique. La reconversion à cinquante-deux ans est une rupture identitaire majeure, comparable à un divorce ou un deuil. Vous quittez un statut social, un rythme, un cercle, une image de vous-mêmes construite sur trente ans de vie cadre. Pendant les six à douze premiers mois en Dordogne vous allez traverser ce qu'on appelle une phase de désidentification, période où vous ne savez plus exactement qui vous êtes. Pendant cette phase, le libertinage est souvent suspendu naturellement, ce n'est pas une perte c'est une protection. Deuxième point. La démographie libertine du Périgord existe mais elle est invisible aux yeux des nouveaux arrivants. Il y a un réseau de couples cinquante-soixante ans très structuré entre Sarlat, Bergerac et Brive, beaucoup d'anciens parisiens d'ailleurs, qui se retrouvent en soirées privées chez les uns ou les autres dans des maisons isolées. Le club Eden près de Bergerac est le point d'entrée habituel, soirées un samedi sur deux, clientèle locale principalement, ambiance détendue très différente des clubs du 11e mais qualitative. Comptez six à neuf mois avant d'être adoptés, le tissu rural est lent à s'ouvrir mais durable quand il s'ouvre. Troisième point sur le pied-à-terre parisien. Mon conseil très clair, ne le faites pas la première année. Si vous gardez un pied en arrière vous ne vous engagez pas dans la nouvelle vie, vous restez en transition perpétuelle et le couple en souffre. Vendez l'appart parisien définitivement, ce que vous avez fait visiblement, et faites confiance au territoire. Quatrième point. L'atelier céramique va probablement nourrir votre libido d'une manière inattendue. Le travail manuel quotidien, la fatigue physique saine du soir, le contact avec la matière, ça reconnecte les corps. Beaucoup de mes patients reconvertis me disent que leur sexualité de couple s'est intensifiée après le changement, même avant que le libertinage reprenne. C'est presque toujours par là que ça redémarre, le couple d'abord, le partagé ensuite. Donnez-vous deux ans avant de juger.
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Couple 58 et 56, partis de Boulogne-Billancourt pour ouvrir une chambre d'hôtes en Aveyron il y a six ans. Notre libertinage a changé complètement et c'est devenu mieux. Moins de clubs, plus de couples invités à dîner qui dorment chez nous, ambiance lente, vin local, parfois rien se passe et c'est très bien aussi. On a perdu l'adrénaline urbaine et on a gagné de la profondeur. Le pied à Paris on l'a essayé deux ans puis arrêté, ça nous tirait en arrière. Allez-y franchement.
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