Bénévole en asso d'aide aux victimes de violences sexuelles et libertine, ma collègue l'a su et j'ai pas su répondre
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Je veux poser quelque chose qui me ronge. Je vais essayer d'aller au bout. Je vais essayer en tout cas.
Je suis bénévole depuis sept ans dans une association d'aide aux victimes de violences sexuelles dans le nord de la France. Permanences téléphoniques, accompagnements aux dépôts de plainte, suivi de groupes de parole. J'ai entendu des centaines de récits. Je sais ce que des hommes peuvent faire à des femmes. Je sais le poids du silence ensuite.
Et je suis libertine depuis quatre ans avec mon mari, qu'on fréquente clubs et soirées privées, sexe avec d'autres couples, plaisir, jeu, exploration.
Une collègue de l'asso l'a appris la semaine dernière, par hasard, croisée dans un endroit où elle s'attendait pas à me voir. Elle m'a demandé droit dans les yeux comment je faisais pour tenir ensemble ces deux choses. J'ai pas su lui répondre sur le moment, j'ai marmonné un truc.
Et là à la maison ça me revient et ça me
Bref. Je vois deux directions possibles pour me répondre à moi-même et je sais pas laquelle est juste. Direction A, il n'y a aucune contradiction parce que les violences sexuelles sont l'absence radicale de consentement et que ma pratique libertine est l'affirmation radicale du consentement, donc nous travaillons en réalité le même axe. Direction B, il y a une contradiction insupportable parce que je passe mes matinées à écouter des femmes dont la vie a été ravagée par des hommes qui voulaient juste leur plaisir, et le samedi soir je fréquente des hommes qui veulent leur plaisir et je leur dis oui. Et même si dans mon cas c'est consenti, je participe à un univers où le désir masculin pour le sexe sans frein est normalisé, ce qui fragilise le combat des victimes.
Vous, qui êtes engagés sur ces sujets et qui pratiquez, vous l'avez résolu comment ? Je vous demande pas la consolation, je vous demande l'honnêteté. Et j'accepte d'entendre que mes deux engagements sont incompatibles si c'est ce que vous voyez.
Answers
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★ Psychologue clinicienne, je travaille avec des victimes de violences sexuelles depuis quinze ans et je suis aussi en couple ouvert depuis huit, alors je vais te répondre avec la précision que ta question mérite. Ta direction A est plus juste que ta direction B, mais elle est incomplète. Je l'explique. L'argument central contre B est que normaliser le consentement actif et le plaisir partagé est en réalité le contraire de la culture qui produit les violences sexuelles. La culture du viol ne se nourrit pas du sexe consenti entre adultes en grand nombre, elle se nourrit du non-dit, du tabou, de l'ignorance du désir féminin et de la confusion entre désir et soumission. En t'engageant des deux côtés tu mets en cohérence un message rare et précieux, les femmes ont le droit de désirer activement, de choisir, de dire oui et non, et ce droit n'est pas en compétition avec leur droit d'être protégées des prédateurs. Cela dit B contient une vraie alerte qu'il faut pas balayer. Le milieu libertin n'est pas magiquement épuré des dynamiques de pouvoir, des hommes qui forcent doucement, des femmes qui acceptent par fatigue, des situations limites. Si tu pratiques tu as une responsabilité éthique supplémentaire qui est de tenir les standards élevés que tu portes en asso, et même de les porter dans les espaces libertins, signaler ce que tu vois, refuser ce qui te paraît border, témoigner si besoin. La cohérence ne vient pas de l'absence de tension, elle vient de ce que tu fais avec la tension. Réponse à ta collègue si tu la revois, "je fais l'hypothèse qu'affirmer la liberté sexuelle des femmes et combattre les violences sexuelles c'est le même combat, et je vis cette hypothèse de l'intérieur". Si elle veut comprendre, elle écoutera. Si elle veut juger, c'est son droit, mais tu n'as rien à te reprocher.
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Ta collègue t'a posé une question pour laquelle elle attendait pas la dissertation, elle voulait voir si tu te posais la question toi-même. Tu te la poses. C'est la réponse. Sa question était un test, tu l'as passé. Repose-la calmement la prochaine fois que tu la vois et propose un café pour en parler vraiment.
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Honnêtement ta direction B m'interpelle aussi. Le milieu libertin moyen est loin d'être un modèle de combat contre la culture du viol. Si tu continues à pratiquer ok, mais sois exigeante sur les espaces et les gens que tu fréquentes, et n'hésite pas à sortir d'une soirée qui dérape même si ça gêne le couple en face. Ta responsabilité éthique est plus haute que la moyenne vu ton engagement.
11 ↑
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Médecin du travail, j'ai vu chez plusieurs bénévoles de ce type d'assos un épuisement progressif où la pratique libertine devient la soupape qui permet de tenir l'asso. C'est pas une mauvaise chose en soi mais ça vaut le coup d'y regarder. Est-ce que ta pratique te ressource ou est-ce qu'elle compense un truc lourd que tu portes. Bilan psy gratuit dispo via la médecine du travail si tu bosses à côté.
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Je suis pas d'accord avec l'idée qu'engagement contre les violences et pratique libertine sont automatiquement compatibles. Ça l'est pour toi qui as une pratique exigeante. Pour beaucoup de couples qui pratiquent sans réfléchir, le milieu est un terrain favorable à des dérives. Donc ta question est bonne et la réponse "ça dépend de comment tu pratiques", pas de comment tu théorises.
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Avocate civile en droit des victimes, libertine discrète depuis 6 ans. Aucune incompatibilité juridique évidemment mais ce n'est pas ta question. Sur la cohérence morale je rejoins l'idée que les deux engagements sont complémentaires, mais j'ajouterais une chose pratique. Je ne mélange jamais les deux mondes, jamais. Pas par honte, par hygiène professionnelle, mes accompagnées ne doivent jamais savoir ce que je fais dans ma vie privée parce que ça pourrait perturber le lien thérapeutique ou juridique qu'on a. Sépare strictement, même mentalement, et tu verras que la tension diminue.
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Bénévole comme toi depuis 5 ans, libertine depuis 7, j'ai exactement vécu cette confrontation avec une collègue en 2023. Ma résolution personnelle après deux ans de réflexion. Le combat contre les violences sexuelles c'est le combat pour que toutes les femmes aient le pouvoir de dire oui et non librement. Quand je dis oui librement à un homme un samedi soir, j'exerce ce pouvoir et je le démontre. Je ne suis pas une trahison de mes accompagnées, je suis une preuve vivante que ce pouvoir existe. C'est ce que je dirais à ta collègue si elle revenait sur le sujet.
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Direction A. Sans hésiter.
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