Féministe convaincue depuis vingt ans, libertine depuis huit, et je trouve toujours pas d'accord entre les deux
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Bon, je m'assieds, je tape, je pose. Pas tellement pour qu'on me sauve, plutôt pour ordonner ce que je tourne depuis longtemps. Je suis féministe convaincue depuis mes vingt ans. Bourdieu, Bouteldja, Despentes, militante en asso pendant cinq ans sur les violences conjugales, je connais ma théorie et je la défends.
Je suis aussi libertine depuis huit ans avec mon mari. J'aime ça, j'y trouve du plaisir profond, et c'est notre construction commune qu'on a choisie ensemble.
Et la cohérence des deux je l'ai pas encore trouvée complètement. Je vais essayer de poser pourquoi.
Théoriquement le libertinage est compatible avec le féminisme, je sais. Liberté du corps, autonomie sexuelle, déconstruction de la possession monogamique, etc. Sur le papier ça marche.
Pratiquement c'est plus dur. Premier point, dans 80% des clubs où je suis allée la dynamique de pouvoir est très inégale, les hommes regardent, choisissent, abordent, les femmes sont disponibles ou pas. Deuxième point, dans le couple qu'on forme avec mon mari on tient bien l'équilibre mais quand on est avec un autre couple je remarque que c'est presque toujours moi qui m'adapte à ce qu'ils veulent. Troisième point, après huit ans, je me demande si je pratique le libertinage parce que c'est ma propre liberté ou parce que c'est devenu une façon de garder mon mari proche en évitant qu'il s'ennuie. La question m'a été posée par une copine et elle m'a percutée.
Sec. Je veux pas qu'on me console. Je veux les retours pratiques de femmes féministes libertines qui ont vraiment réfléchi ces tensions et qui en ont tiré quelque chose. Pas la théorie. La pratique vécue.
Answers
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★ Sociologue féministe et libertine depuis 14 ans, je bosse précisément sur les tensions que tu nommes et je vais te répondre concret comme tu le demandes. Sur ton point un, tu as raison empiriquement, les clubs français reproduisent largement la dynamique hétéro standard et c'est documenté. Mais il existe des espaces féministes libertins qui sortent du modèle, soirées Camille à Paris, certaines soirées privées non mixtes ou strictement consentement-first, festivals comme les rencontres polyamoureuses de Berlin où le rapport de pouvoir est radicalement différent. Cherche ces espaces, tu seras surprise. Sur ton point deux, l'adaptation systématique côté féminin est un schéma qui se travaille, et concrètement je propose à mes patientes l'exercice du veto silencieux, à chaque interaction tu te demandes intérieurement "est-ce que je voudrais ça si lui voulait pas, est-ce que j'aurais initié cette proposition", et si la réponse est non tu refuses cette fois-ci, même si ça crée un froid. Refaire ça 10-15 fois recalibre ton autonomie pratique. Sur ton point trois enfin, la question de ta copine est dure mais pas forcément destructrice. Je propose aux couples libertins de longue durée un test, six mois où chacun vit sa propre liberté sexuelle (en couple ou pas, ouvert ou pas) sans pression de l'autre et sans devoir maintenir la pratique, juste voir ce qui se passe si tu n'as plus à proposer ni à accepter. Si à six mois ton désir libertin revient seul, tu as ta réponse. S'il ne revient pas, tu as ta réponse aussi.
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La question de ta copine est piégée parce qu'elle suppose qu'aimer pratiquer pour rester proche d'un mari serait une preuve d'aliénation. Mais l'inverse est aussi vrai pour la monogamie, la plupart des femmes monogames le sont pour pas perdre leur mec et personne leur fait la leçon. Y a pas de pratique sexuelle féminine pure de toute considération relationnelle, ça existe pas, c'est un mirage théorique.
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Sur les 80 pour cent des clubs avec dynamique inégale, fonde ton propre cercle. Les meilleures soirées que j'ai vécues c'étaient des privées chez des copines où on avait posé un cadre féministe explicite (consentement actif, pas d'alcool fort, parité dans les invitations, mixité d'âge). Ça change tout.
13 ↑
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Féministe libertine, 11 ans de pratique, copine d'asso de Despentes par hasard. Je vais te dire un truc qu'on dit pas assez. La tension entre théorie féministe et pratique libertine c'est pas une faille de ta cohérence, c'est la vie réelle d'une féministe qui pratique. Les hommes féministes vivent la même tension entre théorie et désir, sauf qu'ils s'en parlent moins. Toi tu as l'honnêteté de te poser la question, c'est rare et c'est précieux. La vraie cohérence c'est pas l'absence de tension c'est la capacité à vivre la tension sans se mentir. Tu fais déjà ça.
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Réponse courte. T'es féministe pratiquante donc tu te poses la question. T'es libertine donc tu cherches une réponse honnête. Continue les deux. La cohérence parfaite c'est un fantasme de théoricien qui pratique rien.
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Médecin du travail spécialisée santé mentale femmes, ce que je note dans ton post c'est que tu ne te plains pas du libertinage en lui-même, tu interroges ta cohérence interne. C'est très différent. La cohérence interne se travaille en thérapie, deux ou trois mois suffisent souvent. Pas besoin d'arrêter de pratiquer pour faire ce travail, et arrêter ne le ferait pas non plus.
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Lis ou relis "King Kong Théorie" en relisant chaque chapitre avec tes huit ans de pratique en tête. Le livre prend un sens complètement différent quand on a vécu, pas juste lu.
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