Tu écris ce journal pour toi, Laure, pas pour les autres. Tu as trente-huit ans, tu es divorcée depuis dix-huit mois, tu vis seule dans un appartement aux moulures écaillées du deuxième arrondissement de Lyon, près de la place Bellecour. Tu travailles dans la finance, dans une grande tour de la Part-Dieu où la lumière tombe en biais sur ton bureau l'hiver. Tu te dis que tu n'écris pas ce journal pour comprendre, plutôt pour ne pas oublier. Tu sais que ce que tu vis maintenant, dans ces semaines lentes, tu auras tendance à le réécrire après coup, à l'arranger, à le simplifier. Alors tu prends ton carnet en moleskine bleu et tu écris à la première personne, en te tutoyant, parce que c'est plus juste. Tu te parles comme tu parlerais à une amie que tu connais depuis toujours. Tu as commencé à fréquenter obuny il y a deux mois. Tu n'as encore rien fait de fou. Tu as bu beaucoup de cafés, tu as eu beaucoup d'idées contradictoires, tu as supprimé puis réactivé ton profil trois fois. Tu as lu, en cachette presque, cet article sur la place de la femme seule dans le libertinage, et tu as relu deux fois ce papier sur le libertinage après quarante ans, parce que tu sentais qu'il s'adressait aussi à toi, presque. Voici les fragments. Ce ne sont pas des conseils. C'est une saison de ta vie.
12 février — Le soir où tu t'es inscrite
Tu rentres d'un dîner d'anciennes collègues. Tu as mangé une salade qui ne te rassasie pas, tu as ri à des blagues sur les rendez-vous Tinder qui ne te font plus rire depuis longtemps. À vingt-trois heures, tu pousses la porte de ton appartement, tu enlèves tes bottines, tu te sers un verre de Saint-Joseph dans un grand verre. Le silence est immense. Tu te dis que tu n'as plus envie de pleurer dans ce silence-là. Tu allumes ton ordinateur. Tu n'avais pas encore osé taper le nom de la plateforme dans la barre de recherche. Tu le fais. Tu t'inscris. Tu choisis trois photos, tu effaces, tu en mets une seule, profil de trois quarts, sourire petit. Tu écris dans ta bio : "Je découvre, je ne sais pas ce que je cherche, j'aimerais le savoir avec respect". Tu te trouves un peu pathétique, puis très honnête, puis franchement fière. Tu valides. Tu fermes l'ordinateur. Tu réalises que tu trembles légèrement. Tu n'es pas une femme qui tremble, d'habitude. Tu vas dans ta cuisine, tu fais bouillir de l'eau pour une infusion à la verveine, tu te demandes ce que ta sœur dirait. Tu te dis que tu lui en parleras peut-être plus tard. Ou jamais. Tu te couches. Tu n'arrives pas à dormir. Pas par excitation, plutôt par soulagement.
25 février — Les premiers messages
Tu reçois une vingtaine de messages les jours suivants. La plupart, tu les supprimes sans répondre. Pas par mépris, par instinct. Tu as lu le guide de sécurité pour rencontre libertine, tu sais ce que tu cherches : un échange, pas une transaction. Tu finis par répondre à un homme qui s'appelle Julien, quarante-deux ans, prof de philo dans un lycée du sixième arrondissement. Il t'a écrit un message en trois phrases, sans rien de pesant, juste une question simple sur un livre que tu mentionnes dans ton profil, "Une chambre à soi" de Virginia Woolf. Vous échangez pendant trois jours. Il ne te demande pas de photo, tu ne lui en demandes pas. Vous parlez de Lyon, de la Saône l'hiver, du fait qu'il vit séparé depuis trois ans, qu'il a deux adolescents. Tu ne sais pas si c'est libertin, ce que vous faites. Tu te dis que ça ne ressemble à rien que tu connaisses. Tu lui proposes un café. Il accepte. Vous fixez rendez-vous au Café Mokxa, rue d'Algérie, un samedi à seize heures. Tu choisis le lieu, public, neutre, pas trop romantique. Tu en parles à ta meilleure amie Salomé, sans tout dire. Elle dit : "tu as le droit". Tu ne savais pas que tu attendais ces trois mots-là.
9 mars — Le café qui ne ressemble à rien
Tu arrives au Mokxa avec dix minutes d'avance. Tu as mis un pull en cachemire couleur sable, un jean droit, des bottines en cuir noir. Tu n'as pas voulu te déguiser. Tu te dis que si tu commences à te déguiser, tu rentreras chez toi avec une autre que toi, et ça ne servira à rien. Julien arrive. Plus petit que tu pensais, le sourire timide, les mains qui s'agitent un peu sur la table. Vous commandez deux cafés filtre éthiopien. Vous parlez littérature, séparation, peur de l'échec, plaisir d'avoir quarante ans et plus, pas tellement de libertinage en fait. Vers dix-huit heures, vous décidez de marcher dans le Vieux Lyon, le long des traboules. Il pleut un peu. Tu te dis : "tu pourrais l'embrasser, là, contre cette pierre humide", et tu ne le fais pas. Pas parce que tu n'as pas envie. Parce que tu veux que cette envie tienne dans le temps, pas seulement dans cette minute-là. Tu rentres seule. Tu lui envoies un message le soir, "merci, j'aimerais te revoir, mais je veux y aller à mon rythme". Il répond, "moi aussi". Tu n'as rien fait, et pourtant tu écris dans ton carnet, "tu viens de faire quelque chose d'énorme, tu viens de te respecter".
28 mars — Le sauna de la Croix-Rousse
Tu n'es pas allée jusqu'au bout avec Julien. Tu le vois encore, vous prenez un verre de temps en temps, vous parlez. Mais tu sentais que tu avais besoin d'autre chose, d'un pas que tu ferais seule, sans homme à côté. Tu lis le guide du sauna libertin, tu lis le guide des clubs libertins de Lyon. Tu repères un sauna mixte côté Croix-Rousse, présenté comme calme, mature, accueillant pour les femmes seules. Tu prends rendez-vous pour une soirée à thème "femmes seules acceptées sans frais d'entrée". Tu y vas un samedi. Tu y vas seule, vraiment seule, sans en parler à personne. Tu prends le métro jusqu'à Hénon, tu marches dix minutes. Devant la porte, tu hésites cinq longues minutes. Tu te dis "tu peux rentrer, personne ne saura". Tu sonnes. Tu entres. À l'intérieur, c'est plus simple que tu pensais. La femme à l'accueil te tend une serviette, t'explique les règles. Tu te changes. Tu t'installes au bord de la piscine, dans la lumière bleue. Tu observes. Tu parles avec une femme de cinquante ans, drôle, qui te raconte qu'elle vient depuis sept ans. Tu finis par discuter avec un couple. Tu ne fais rien d'extraordinaire. Tu rentres tard. Tu es bien.
15 avril — Ce que ton journal t'a appris
Tu relis ton carnet. Deux mois ont passé. Tu as l'impression d'avoir traversé un pays entier. Tu remarques que ce qui t'a transformée, ce n'est pas le sexe. C'est la permission. La permission de désirer, de dire non, de dire "pas encore", de dire "oui, si on va doucement". Tu te rends compte que tu as appris à parler. À parler à un inconnu sans te trahir. À parler à toi-même sans te juger. Tu écris : "tu as été élevée dans l'idée que désirer, c'était dangereux, surtout pour une femme. Tu as cru ça pendant trente-huit ans. Tu commences à ne plus le croire". Tu parles à Salomé, vraiment, cette fois. Tu lui racontes le café avec Julien, le sauna, la femme de cinquante ans. Elle pleure un peu. Toi non. Tu te sens claire. Tu sais que tu vas continuer, à ton rythme, sans te forcer. Tu sais aussi que tu n'as rien à prouver à personne, surtout pas aux hommes qui t'ont écrit des messages déplacés et que tu as bloqués sans regret. Tu te promets de continuer ce journal. Tu refermes le carnet. Tu vas faire couler un bain. Tu mets de la musique, du Camille, et tu te dis, presque à voix haute, "tu vas bien, Laure". Pour la première fois depuis longtemps, tu te crois.
💡 Astuces clés
- 1Tenir un carnet : écrire stabilise et clarifie le ressenti
- 2Choisir un premier rendez-vous public, neutre, en journée
- 3Bloquer sans culpabilité les profils qui pèsent ou pressent
- 4Repérer un sauna ou club avec créneaux femmes seules accueillies
Questions fréquentes
Une femme seule peut-elle s'inscrire seule sur obuny ?
Faut-il choisir un sauna mixte plutôt qu'un club ?
Combien de temps prend l'apprivoisement de cet univers ?
Comment gérer le regard de l'entourage ?
En résumé
Le journal de Laure n'est pas une success story, c'est un apprentissage du désir lent. Lyon a été son décor, le Vieux Lyon, la Croix-Rousse, ses scènes. Si vous vous reconnaissez dans son chemin, vous pouvez prolonger la lecture avec ce guide pour femme seule, le panorama lyonnais, le guide de la première rencontre, les conseils pour un profil parfait, ou le rôle de l'aftercare. Et si vous avez envie de commencer votre propre journal, vous pouvez créer un profil sur obuny, à votre rythme, sans rien promettre à personne, surtout pas à vous-même.



