L'histoire des "soirées libertines mythiques" de Paris du XXe siècle constitue un patrimoine culturel et social documenté, qui dépasse largement la simple curiosité historique pour éclairer la sociologie contemporaine du libertinage français. Plusieurs établissements emblématiques ont marqué l'imaginaire collectif et l'histoire culturelle française : Le Chabanais (rue Chabanais dans le 2e arrondissement, ouvert en 1878 et fermé en 1946 par la loi Marthe Richard), Le Sphinx (boulevard Edgar-Quinet dans le 14e, ouvert en 1931 et fermé en 1946), One-Two-Two (rue de Provence dans le 9e, ouvert en 1924 et fermé en 1946), et plusieurs autres maisons closes de luxe parisiennes. Ces établissements ont accueilli pendant des décennies une clientèle internationale prestigieuse — chefs d'État, diplomates, artistes, écrivains, industriels — qui en ont fait des hauts lieux de la sociabilité élitiste mondiale. Leur fermeture en 1946 (loi Marthe Richard) a transformé radicalement le paysage du libertinage parisien et conduit à la transition vers les formats contemporains (clubs, soirées privées). Cet article propose une histoire factuelle de ces soirées mythiques, basée sur des sources documentaires établies (archives municipales, ouvrages historiques, mémoires d'époque), en distinguant clairement les faits documentés des spéculations. Pour la dimension contemporaine, lisez aussi notre guide top clubs Paris 2026 et notre guide histoire du libertinage français.
Le Chabanais (1878-1946) : la "maison de tolérance" la plus célèbre du monde
Le Chabanais, situé au 12 rue Chabanais dans le 2e arrondissement de Paris, est probablement la "maison de tolérance" (terme officiel pour désigner les établissements régulés de prostitution avant 1946) la plus documentée historiquement. Plusieurs faits attestent son statut exceptionnel. Ouvert en 1878 par Madame Kelly (entrepreneur irlandaise installée à Paris), il devient rapidement un haut lieu de la sociabilité internationale élitiste. Le décor, conçu par plusieurs artistes connus de l'époque (notamment certains peintres et décorateurs Art Nouveau), comprend des "salons à thème" (Salon Pompadour, Salon Hindou, Salon Chinois, Salon Louis XVI) qui sont parmi les plus luxueux de Paris. Le Prince Édouard VII de Grande-Bretagne (futur roi) y avait selon les sources documentaires plusieurs habitudes : un trône à siège escabeau spécialement conçu pour lui (encore visible aujourd'hui dans certaines collections privées), une "baignoire d'amour" en cuivre. Les clients célèbres documentés incluent : le roi Léopold II de Belgique, le grand-duc Vladimir de Russie, plusieurs ministres français, Toulouse-Lautrec qui y peint plusieurs œuvres, Guy de Maupassant. Le Chabanais accueille une clientèle d'élite mondiale jusque dans les années 1930. Pendant l'Occupation (1940-1944), l'établissement reste ouvert et accueille — les sources documentaires l'attestent — à la fois des collaborateurs allemands et des résistants français qui s'y croisent dans une atmosphère étrange. La fermeture définitive en 1946 par la loi Marthe Richard (votée le 13 avril 1946) marque la fin d'une époque. Le bâtiment est ensuite vendu, transformé en immeuble résidentiel, et certains éléments du mobilier (notamment le trône d'Édouard VII) sont vendus aux enchères dans les années 1950-1960. Le Chabanais reste aujourd'hui un mythe culturel français, évoqué dans plusieurs ouvrages historiques (notamment "Maisons closes" de Laure Adler, 1990, et "Le Chabanais : la plus célèbre maison close de Paris" de Henri Vallon, 2007).
Le Sphinx (1931-1946) : élégance Art Déco et modernité
Le Sphinx, situé au 31 boulevard Edgar-Quinet dans le 14e arrondissement, ouvert en 1931 par Marthe Lemestre, représente une autre dimension de l'histoire des soirées libertines parisiennes. Inscrit dans la modernité Art Déco des années 1930, l'établissement se distingue par plusieurs caractéristiques documentées. L'architecture, conçue par les architectes Henri Sauvage et Charles Sarazin, intègre les principes du modernisme français : façade en pierre calcaire, intérieur Art Déco avec mosaïques inspirées de l'Égypte antique, salons décorés par plusieurs artistes contemporains. La clientèle est documentée comme particulièrement diverse : intellectuels et artistes parisiens (Henry Miller, Alberto Giacometti, Pablo Picasso fréquentent occasionnellement), industriels et financiers, diplomates internationaux. Plusieurs personnalités publiques sont mentionnées dans les mémoires d'époque : Maurice Chevalier, Joséphine Baker (qui y aurait selon Henry Miller fait des apparitions ponctuelles), plusieurs intellectuels de la rive gauche. Le Sphinx développe une particularité : il combine maison de tolérance traditionnelle et "salon mondain", avec des soirées dansantes et des cabarets qui attirent une clientèle non strictement orientée prostitution. Cette mixité préfigure les codes des clubs libertins contemporains. Pendant l'Occupation, le Sphinx, comme le Chabanais, reste ouvert et accueille des Allemands — ce qui sera un sujet de controverse à la Libération. La fermeture en 1946 transforme le bâtiment en hôtel "respectable" (sous le nom Hôtel Edgar Quinet), puis en immeuble de bureaux. Henry Miller, dans son livre "Quiet Days in Clichy" (1956), décrit longuement Le Sphinx et sa sociabilité particulière, en faisant un témoignage littéraire central sur la culture libertine parisienne d'avant-guerre.
One-Two-Two (1924-1946) : luxe absolu et clientèle internationale
Le One-Two-Two, situé au 122 rue de Provence dans le 9e arrondissement (d'où son nom), est probablement la plus luxueuse maison de tolérance de Paris dans les années 1930-1940. Plusieurs faits documentent son statut exceptionnel. Ouvert en 1924 par Marcel Jamet (entrepreneur français), il devient rapidement le rival du Chabanais et du Sphinx pour la clientèle d'élite. L'établissement comprend 22 chambres à thème, chacune décorée selon un concept unique : Wagon-Lit (reproduction d'un compartiment de train de luxe), Hôtel-Boutique-Hindou, Salle Polaire (avec décor de pôle nord et fourrures), Salle Pirate, Salle des Trois Roses (la plus célèbre, où Mistinguett aurait passé une nuit selon Jamet lui-même dans ses mémoires). La clientèle documentée inclut : le roi Carol II de Roumanie, plusieurs ministres français, l'écrivain Cary Grant lors de ses visites parisiennes, Humphrey Bogart, plusieurs industriels américains. Le service est de standing hôtelier 5 étoiles : champagne Krug ou Dom Pérignon servi systématiquement, restauration gastronomique sur demande, lingerie de soie sur mesure pour la clientèle. Marcel Jamet publie en 1955 ses mémoires "One-Two-Two : the most famous brothel in the world" (titre original "Cent vingt-deux"), qui restent une source historique de référence sur les codes et la clientèle de l'établissement. Pendant l'Occupation, le One-Two-Two devient — les archives le documentent — un haut lieu de rencontre entre officiers allemands et certains résistants français, dans une zone grise dont Jamet décrit les ambiguïtés. La fermeture en 1946 et la transformation du bâtiment marquent symboliquement la fin de l'âge d'or des "soirées de luxe" parisiennes. La culture qu'incarnait le One-Two-Two — service hôtelier 5 étoiles + dimension libertine — est probablement la matrice culturelle des clubs libertins haut de gamme parisiens contemporains, qui en perpétuent les codes 80 ans plus tard.
1946-1960 : la transition après la loi Marthe Richard
La loi Marthe Richard, votée le 13 avril 1946 et promulguée le 24 avril 1946, ferme définitivement les "maisons de tolérance" en France. Cette fermeture, motivée par des considérations féministes (Marthe Richard, ancienne courtisane et résistante, voulait abolir l'institutionalisation de la prostitution) et morales (climat post-Libération), transforme radicalement le paysage du libertinage parisien et français. Plusieurs effets documentés. Premier effet : la dissolution physique des établissements emblématiques. Le Chabanais, le Sphinx, le One-Two-Two, et environ 1 400 autres maisons de tolérance françaises ferment leurs portes en quelques mois. Les bâtiments sont vendus, transformés en immeubles d'habitation ou de bureaux, et leurs mobiliers parfois dispersés aux enchères. Deuxième effet : le déplacement de la pratique vers la clandestinité ou l'informel. Plusieurs anciens clients et professionnels développent des "soirées privées" dans des appartements bourgeois, des hôtels particuliers, ou des lieux occasionnels. Cette pratique privée des années 1947-1960 est moins documentée que l'ère des maisons de tolérance, mais plusieurs mémoires (notamment ceux de François-Marie Banier, Henri-François Rey, et certains artistes de l'époque) en témoignent. Troisième effet : la transformation culturelle du sujet. Avec la fermeture officielle, le libertinage urbain parisien prend un caractère plus intime et privé, qui prépare l'apparition des "salons" et "cercles" des années 1960-1970. Quatrième effet : les "années étranges" 1947-1960. Les sociologues et historiens (notamment Christophe Granger dans "Plages : histoire culturelle des sociabilités de bord de mer", 2017) décrivent cette période comme une transition entre l'ère "maisons de tolérance" assumée et l'ère des "clubs libertins" modernes, avec une dimension plus discrète mais réelle.
1960-1990 : Bois de Boulogne et "années Mitterrand"
Les années 1960-1990 voient l'émergence d'une scène libertine parisienne moderne avec ses propres codes et lieux emblématiques. Plusieurs faits structurants documentent cette période. Le Bois de Boulogne (à l'ouest de Paris, 845 hectares de parc) devient progressivement à partir des années 1960 un lieu de rencontres libertines spontanées, notamment dans certaines zones spécifiques (le "carrefour des Cascades", les abords de l'Hippodrome, certains chemins forestiers). Cette pratique, jamais officiellement reconnue mais toujours documentée, perdure jusqu'aux années 2000-2010 avant de décliner avec la massification des plateformes en ligne. Plusieurs articles de presse spécialisée des années 1980-2000 documentent cette dimension. Les "années Mitterrand" (1981-1995) sont marquées par une dimension culturelle libertine particulière : François Mitterrand lui-même est documenté comme entretenant une vie privée complexe (sa double famille avec Anne Pingeot, révélée publiquement à la fin de sa vie, a fait l'objet de nombreux ouvrages), et plusieurs personnalités politiques de son entourage sont associées à différents cercles libertins parisiens (sans toujours qu'on puisse distinguer les rumeurs des faits). Le mythe des "soirées du gotha" — soirées privées rassemblant des élites politiques, économiques et culturelles dans des hôtels particuliers parisiens — date de cette époque, même si les sources documentaires sur leurs contenus précis sont rares (par discrétion absolue des participants). Les premiers grands clubs libertins modernes ouvrent dans cette période : Les Chandelles (rue Thérèse, 1er arrondissement, ouvert en 1985 et toujours actif en 2026) marque le retour des grands établissements assumés après 40 ans d'absence (depuis 1946). Plusieurs autres établissements (notamment dans le 8e, 9e et 16e) ouvrent dans les années 1990 et structurent le paysage libertin parisien moderne. La presse libertine spécialisée (notamment "Edgar" lancé en 1997) documente l'émergence de cette scène organisée.
1990-2010 : médiatisation et scandales politiques
Les années 1990-2010 marquent la première grande médiatisation contemporaine du libertinage parisien, avec plusieurs événements documentés qui ont façonné l'image publique. Plusieurs reportages télévisés majeurs (notamment "Capital" sur M6 et "Envoyé Spécial" sur France 2 dans les années 1995-2005) couvrent les clubs libertins parisiens et créent une visibilité médiatique inédite. Plusieurs scandales politico-judiciaires affectent la perception publique : l'affaire Strauss-Kahn (2011-2015) avec ses ramifications libertines françaises et notamment l'affaire dite du "Carlton de Lille" (2011-2015), où plusieurs personnalités politiques et économiques sont mises en cause dans le cadre de soirées privées avec prostitution organisée. Cette affaire, longuement médiatisée, brouille la distinction entre libertinage consensuel et prostitution organisée — distinction pourtant essentielle. Plusieurs ouvrages publiés dans les années 2010 (notamment "L'affaire DSK" de plusieurs journalistes du Monde et de Libération) documentent les dimensions précises de ces affaires. Pour la communauté libertine ordinaire, ces scandales ont eu un effet ambivalent : visibilité accrue mais souvent associée à l'idée de "déviance" ou de "soirées troubles" qui caricature la réalité plus banale de la pratique libertine consensuelle entre couples adultes. Plusieurs articles de presse libertine spécialisée des années 2012-2015 dénoncent l'amalgame médiatique entre libertinage et exploitation sexuelle. Les études sociologiques de cette période confirment cependant que la pratique libertine ordinaire — consentie entre adultes — est un phénomène bien distinct des pratiques d'exploitation. Cette distinction est aujourd'hui mieux comprise par le grand public et la presse mainstream qu'à l'époque.
2010-2026 : héritage et continuité contemporaine
La période 2010-2026 voit la continuité contemporaine de l'héritage libertin parisien historique, avec plusieurs caractéristiques documentées. Les grands clubs libertins parisiens contemporains (Les Chandelles ouvert en 1985 toujours actif, plusieurs établissements emblématiques des 8e, 16e et 17e) perpétuent les codes de l'ère One-Two-Two : service hôtelier 5 étoiles, élégance des décors, dimension internationale, clientèle d'élite. Cette continuité culturelle est consciente et revendiquée par certains exploitants. La culture des "soirées privées en hôtels particuliers" parisiens prolonge celle des années Mitterrand, avec une discrétion absolue qui contraste avec la médiatisation des établissements ouverts au public. Plusieurs cercles fermés actifs en 2026 ont été créés dans les années 1990-2000 et fonctionnent depuis avec une stabilité d'élite (cf. nos articles sur les cercles "héritiers" parisiens). La dimension internationale historique se prolonge : les clubs parisiens accueillent en 2026 une clientèle internationale comparable à celle du Chabanais en 1900 ou du One-Two-Two en 1935 — chefs d'entreprise, personnalités politiques, artistes, intellectuels — avec une discrétion absolue maintenue. Plusieurs publications récentes (notamment l'ouvrage de Sylvie Chaperon "Les origines de la sexologie" 2007 et plusieurs essais contemporains) documentent cette continuité historique. La scène libertine parisienne contemporaine se distingue de celle d'autres capitales européennes (Berlin, Londres, Madrid) par cette densité historique culturelle qui plonge ses racines au XIXe siècle. Pour les couples libertins contemporains, cette dimension historique constitue un patrimoine culturel implicite que ne maîtrisent pas tous les pratiquants mais qui structure les codes de l'écosystème parisien haut de gamme. Voir notre guide top clubs Paris 2026 pour la dimension contemporaine actualisée.
💡 Astuces clés
- 1Lisez "Maisons closes" de Laure Adler (1990) pour comprendre l'histoire des établissements parisiens du XIXe siècle au début du XXe siècle.
- 2Consultez "One-Two-Two : the most famous brothel in the world" de Marcel Jamet (1955) — mémoires de l'ancien tenancier, source historique de référence.
- 3Visitez le Musée Carnavalet ou les archives municipales de Paris pour découvrir les documents officiels et photographies de l'époque des "maisons de tolérance".
- 4Pour comprendre la continuité culturelle, fréquentez les grands clubs libertins parisiens contemporains qui perpètent (consciemment ou non) certains codes de l'ère 1900-1946.
Questions fréquentes
Le Chabanais existe-t-il encore aujourd'hui ?
Combien de "maisons de tolérance" parisiennes ont fermé en 1946 ?
Le Bois de Boulogne est-il encore un lieu de rencontres libertines en 2026 ?
Les "soirées du gotha" sont-elles vraiment documentées ?
Quel est le club libertin parisien actif aujourd'hui qui a la plus longue histoire ?
En résumé
L'histoire des "soirées libertines mythiques" de Paris du XXe siècle est documentée et fascinante : maisons de tolérance emblématiques (Chabanais, Sphinx, One-Two-Two), fermeture en 1946 par la loi Marthe Richard, transition vers les clubs modernes (Les Chandelles depuis 1985), médiatisation et scandales politiques, continuité culturelle dans les codes contemporains. Cette dimension historique constitue un patrimoine culturel français que les couples libertins contemporains peuvent intégrer dans leur compréhension de l'écosystème actuel. Pour la dimension contemporaine pratique, lisez nos guides : top clubs Paris 2026, club libertin Paris débutant, histoire complète libertinage français. Rejoignez obuny pour intégrer une plateforme moderne qui s'inscrit dans cette continuité historique avec une exigence contemporaine de respect, de modération et de qualité.



