Bordeaux, jeudi soir, on regarde une série Netflix sur les libertins et on se sent insultés
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Quartier des Chartrons à Bordeaux, jeudi 21h, canapé, plaid, verre de rouge, on a lancé une mini-série qu'une copine nous avait conseillée parce que ça parle "du milieu". Au bout de quarante minutes on a éteint. Pas par pudeur. Par malaise. Parce que les gens montrés à l'écran n'ont rien à voir avec ce qu'on est, ce qu'on connaît, ce qu'on fréquente depuis 8 ans.
Couple 39 et 41 ans, libertins depuis nos 32, mode de vie discret, soirées principalement en région Nouvelle-Aquitaine, deux enfants. On n'est pas des stars du Cap d'Agde, on est pas non plus des cadres parisiens en crise existentielle, on est juste un couple comme plein qu'on connaît, qui aiment leur sexualité et qui la partagent dans un cadre que des inconnus n'imaginent même pas.
Ce qui m'a énervé dans la série c'est pas la nudité, on en a vu d'autres. C'est trois choses pêle-mêle. Un, les femmes sont toutes montrées soit comme victimes du désir d'un mari pervers, soit comme prédatrices alcooliques. Aucune juste libre et consciente. Deux, le club est filmé comme un cabinet médical pour adultes, lumière clinique, son angoissant, alors que dans la vraie vie c'est plutôt chaleureux. Trois, les couples libertins de la série finissent tous mal, divorce, dépression, violence, alors que statistiquement on sait que c'est faux.
Et ça m'agace en pratique parce que ma belle-soeur, qui sait pas pour nous, m'a dit en passant la semaine dernière qu'elle avait regardé "et que ces gens étaient malades". Sans savoir. Sans rien.
Vous en faites quoi de ces représentations injustes ? Vous écrivez aux chaînes ? Vous ignorez ? Vous corrigez en privé autour de vous quitte à vous outer un peu ?
Answers
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★ Sociologue qui travaille depuis quinze ans sur les sexualités plurielles en France, je peux te confirmer factuellement ce que ton intuition te dit. Les représentations médiatiques du libertinage français sont massivement caricaturales et statistiquement fausses, on a des études du CNRS et de l'Ined qui montrent que les couples libertins suivis sur dix ans ont des taux de séparation comparables aux couples monogames, parfois inférieurs, et une satisfaction conjugale en moyenne supérieure sur les axes communication et confiance. Le problème de la fiction télé c'est qu'elle a besoin de drame et que le drame se vend mieux que la cohabitation paisible d'un couple qui sort deux samedis par mois. Sur ta question pratique trois pistes que je vois fonctionner. D'abord les vraies actions structurelles comme soutenir les associations qui produisent du contenu juste, la FSL Fédération des Sexualités Libres, ou répondre aux sociologues qui font des appels à témoignages anonymes (Université Lyon 2, Paris 8, Bordeaux, ça circule régulièrement). Ensuite l'action de l'entourage, sans s'outer si tu ne veux pas, en disant simplement à ta belle-soeur "j'ai aussi regardé et j'ai trouvé ça caricatural, je connais en vrai des couples comme ça et c'est très différent", ça suffit souvent à fissurer le préjugé. Enfin écrire aux chaînes, oui ça compte, surtout collectivement, France Télé prend en compte les retours quantifiés. Mais évite de te transformer en militant, ça t'épuiserait inutilement.
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Honnêtement la représentation injuste c'est un peu le prix à payer du choix de la discrétion. Si on veut être respectés faut être visibles, et si on veut rester discrets faut accepter d'être mal représentés. C'est dur mais c'est ça. Moi je choisis la discrétion et je grince des dents devant les séries, point.
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Mate la mini-série française "Plan B" de 2019 ou les documentaires de Brut sur le sujet, c'est nettement plus honnête. Y a aussi le bouquin de Catherine Robbe-Grillet et plus récemment l'essai "Polyamour" de Françoise Simpère. C'est de là que sort une représentation crédible, pas des fictions Netflix.
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J'ai arrêté de regarder ces séries y a 4 ans. Ça apporte rien à part de la colère et l'envie de répondre à des gens qui te liront pas. Mieux vaut investir dans le réel autour de toi, ta belle-soeur tu peux la travailler doucement avec des petites phrases bien placées sur 6 mois, ça vaut mieux que d'écrire à Netflix.
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